Mardi, 14 Février 2012
Actuellement débattu par le comité du patrimoine culturel mondial, un rapport, rendu par des inspecteurs de l’UNESCO, s’inquiète des politiques de la ville qui mettraient le riche patrimoine d’Istanbul en danger. Le rapport n’y va pas par quatre chemins et pourrait même menacer la ville d’être retirée de la liste fermée des sites du patrimoine mondial. De quoi replacer l’aménagement urbain au cœur du débat

A Usküdar, les travaux du Marmaray ont révélé de nouveaux sites archéologiques (photo 24 Haber)

Une commission de l’UNESCO s’était rendue à Istanbul en avril dernier. Le comité du patrimoine culturel mondial, réunie actuellement en Assemblée générale, à Séville, en Espagne, se penche jusqu’au 30 juin sur le cas stambouliote. Il doit valider ou non les conclusions faites par les inspecteurs sur place. Une décision qui pourrait entraîner le retrait de la ville d’Istanbul des sites répertoriés comme participant à la richesse du patrimoine mondial. Un ultimatum pourrait aussi être fixé à la ville pour apporter les modifications nécessaires.

Les critiques de l’organisme international portent sur trois points. Le rapport revient tout d’abord sur le cas du quartier Rom de Sulukule, objet d’un projet de « renouvellement urbain ». Des maisons historiques en bois d’origine ottomane, n’auraient pas fait l’objet de procédures de préservation. Au travers de cet exemple, l’UNESCO presse le gouvernement turc de revenir sur la procédure autorisée par la loi numéro 5366. Cette dernière porte sur la rénovation des lieux historiques mais ne prend pas en charge les activités de préservation.

La commission inquiète des projets de transformation urbaine

Le projet de construction d’un bâtiment supplémentaire pour l’hôtel de luxe Four Seasons sur des vestiges archéologiques, constitue le second point qui provoque l’inquiétude des inspecteurs. Si ce projet a bien été révoqué par un tribunal administratif régional, cette décision n’en bloque pas moins également les recherches archéologiques sur le site. Les dégâts causés par les conditions climatiques pourraient être fortement dommageables pour la recherche scientifique.

Le projet de métro Marmaray n’est pas en reste et s’attire aussi les foudres des inspecteurs. Pour le trafic d’abord. Le rapport affirme que la nouvelle ligne de métro va provoquer un trafic bien plus dense sur la partie est du Bosphore. En conséquence, la commission demande au gouvernement de commander un rapport indépendant sur la question avant que tout ne soit mis en place. Le nouveau métro et le pont prévus au niveau de la Corne d’Or sont ensuite, selon le rapport, des dangers pour les bâtiments historiques qui se trouvent aux alentours. Là encore, la commission intime au gouvernement de revoir sa copie. Un ensemble de points qui traduit la crainte de l’UNESCO de voir une partie du patrimoine historique stambouliote dégradée par les transformations urbaines envisagées.
(Source Hurriyet)

Adrien Godet (www.lepetitjournal.com / Istanbul), vendredi 26 juin 2009.