Mardi, 14 Février 2012
Avec plus de trois mille numéros, cette rue, qui se situe dans le district du Yangpu, est une des plus longues de Shanghai. Question record, elle a aussi, par le passé, abrité une bonne vingtaine d’usines, surtout textiles et les compagnies d’utilité publique, eau, gaz, électricité, centrale thermique et dépôt de tramway de l’ex-concession internationale. Yangshupu lu et alentours était le quartier-phare de la classe ouvrière. C’est toujours un quartier populaire

Préparation des crêpes Zhoujiapai lu - copyright François Gonse

Cette atmosphère de classe « laborieuse » ou même d’enfants sur les chaines des filatures comme cela se faisait jadis, a heureusement disparu. Mais quand on se promène des deux côtés de la rue à partir du croisement avec Pingliang lu jusqu’à son aboutissement en face de l’île de Fuxing, on peut capter une ambiance quand même particulière, campagnarde, industrielle et…poussièreuse. A Shanghai, on aime, parfois, découvrir des lieux qui n’ont pas le prestige du Bund ou bien des villas autour de Hengshan lu. Entre Pingliang lu et Yangshupu lu, on est soudain plongés dans la vraie vie populaire, par exemple autour du micro-parc de Boyang ou dans la ruelle commerçante à décrochements, Zhoujiapai lu. Sur le chemin du jardin public, on voit une ancienne usine, China Fibreco sur Huaizhou lu ou bien des habitants de Guiyang lu, embellissent leur petite maison déjà fleurie, d’un nouvel étage… de briques… petite montagne de matériaux posés sur la chaussée. L’envie de donner un coup de main est forte et d’appliquer, sans discours creux, la notion même d’entraide. Peut-être est-ce la Chine d’hier mais on peut profiter, loin de l’agitation du « centre ville », des visages détendus ou étonnés et partager des expériences toutes simples de la rue. Dans Zhoujiapai lu, on observe le magicien de la spatule sur plaque chauffante qui sert des crêpes dentelle craquantes et savoureuses. En face on écaille la poiscaille ou bien on tranche des cous de volailles, on fait sauter les légumes dans un wok que des flammèches viennent lécher par intermittences.


2218, Yangshupu lu - copyright François Gonse

L’art après l’usine

Sur Yangshupu lu, on a, question usines, l’embarras du choix : par exemple,
au 670, le tout premier site cotonnier de Shanghai, construit en 1901, au 2800, la centrale thermique de 1910 ou au 2524, l’usine à gaz. Mention spéciale pour le 800-830, l’ex-station d’épuration des eaux usées, de 1881/1921 avec ses tours crénelées de style renaissance anglaise. Mais un autre lieu est très attachant bien que très éloigné de tout ! Le 2218. Ici, en 2007, il n’y avait qu’un enchevêtrement de pavillons usiniers, un café avec une terrasse, ouvert mais ne servant rien, des inscriptions à la gloire de Mao Zedong, de grands entrepôts vides mais pleins d’une lumière magnifique, des jardins sauvages, des chats et des oiseaux, et aussi un grand silence. Aujourd’hui, le site racheté par un entrepreneur taïwanais, se veut à la pointe de l’art contemporain et du design. De tous les temples de l’art à Shanghai, c’est le moins conformiste, le plus rare.
François Gonse (www.lepetitjournal.com - Shanghai) jeudi 25 juin 2009