Depuis plus d’une dizaine de jours maintenant, la communauté roumaine vivant en Irlande du Nord subit de nombreuses attaques à caractère raciste. Jets de pierre, vitres de maison brisées et menaces ont fini par décider une centaine de Roumains à rentrer dans leur pays. Le racisme serait-il une nouvelle forme de sectarisme en Irlande du Nord ?
Les tensions vécues ces derniers jours en Irlande du Nord ravivent les souvenirs du sectarisme et des pressions qui ont existé durant des décennies entre communautés voisines. Les derniers faits ont eu lieu dans le sud de Belfast et concernent cette fois la communauté roumaine. Une première plainte a été déposée le 11 juin, et depuis ce jour, des familles roumaines ont été régulièrement les victimes de menaces et de jets de pierre à répétitions. Face à une telle violence, 115 personnes, dont 49 enfants, ont dû quitter précipitamment leur domicile la semaine dernière, escortées par la police, pour se réfugier dans une église puis un centre de loisirs, pour arriver enfin dans un lieu tenu secret par mesure de sécurité.
La maire de Belfast, Naomi Long, condamne ces attaques et exhorte les habitants du quartier à soutenir leurs voisins. "Chaque citoyen a le droit de vivre sans peur ni intimidation", a-t-elle déclaré.
Un retour précipité au pays
Dans la nuit de lundi à mardi, l’église qui abritait justement quelques une de ces familles roumaines a elle même été la cible d’attaques. Les vitraux de l’église située dans University Church ont été brisés par des jets de pierre.
Pour l’heure, aucune preuve ne conclut à un acte raciste, mais les suspicions restent fortes.
Le pasteur Malcom Morgan qui a découvert hier matin les dégâts a précisé que c’était bien la première fois que l’église était attaquée de la sorte, mais que le lien avec la présence de 22 familles roumaines n’était pas établi. "Il est facile de penser que cet incident est liée à notre action envers ces 22 familles roumaines, mais ce n’est qu’une supposition", a-t-il déclaré, "si c’était le cas, nous serions étonnés de voir de tels actes alors que nous avons reçu tant d’encouragements et de remerciements la semaine dernière après avoir accueilli ces Roumains au sein de notre église".
Une centaine de Roumains sont désormais prêts à quitter l’Irlande du Nord dans les prochains jours, et 25 l’ont déjà fait. Une quinzaine de personnes ont décidé de rester.
Une culture de l’intolérance ?
En 2008, l’Irlande du Nord a enregistré plus de 1000 attaques ou menaces à caractère sectaires ou racistes, selon les statistiques de la police. Elle en comptait une quarantaine en 1996 quand ce type d’étude a débuté. "Nous ne sommes pas une société raciste mais nous devons œuvrer à enseigner le respect des différences politiques, religieuses ou ethniques", a déclaré Margaret Ritchie, ministre du Développement social d’Irlande du Nord. Certains sociologues avancent pourtant l’idée qu’il pourrait existé une certaine "culture de l’intolérance"en Irlande du Nord, non seulement contre des religions différentes mais également des ethnies différentes.
Le Belfast Telegraph suppose ainsi que "le racisme est peut-être simplement une autre forme de sectarisme. Certains ne peuvent plus décharger leur ressentiment sur les catholiques et se tournent désormais vers tous ceux qu'ils regardent avec suspicion, qu'ils soient roumains, polonais ou chinois." La région a connu ces dernières années l’arrivée de nombreux migrants, venus d’Asie ou d’Europe de l’Est.
Catherine Legras (www.lepetitjournal.com/dublin) mercredi 24 juin 2009