Turin s’apprête ce soir à fêter la Saint-Jean et nombreux seront les Turinois qui se presseront dans les rues pour admirer les feux d’artifice. Cette ambiance de fête risque toutefois d’être gâchée par les récentes polémiques opposant les riverains des quartiers où la vie nocturne bat son plein aux noctambules qui revendiquent un droit, celui de s’amuser 
Il était une fois une ville endormie, prisonnière de son image de pôle industriel et marquée sévèrement d’un sentiment de méfiance hérité de la période sombre des "années de plomb"… Et puis, comme dans le plus beau des contes de fées, le jour du réveil arriva : certains racontent que le baiser salvateur du prince charmant fut la candidature aux Jeux Olympiques d’Hiver, d’autres affirment que la princesse se réveilla toute seule, avec un sursaut d’orgueil aux conséquences bénéfiques, en proie à une envie soudaine de renouvellement, bien décidée à s’affranchir de sa dépendance vis-à-vis de Fiat…
Quoi qu’il en soit, la métamorphose est désormais sous les yeux de tous et l’effervescence de la vie nocturne que la ville connaît actuellement –inimaginable il y a seulement quatre ou cinq ans- est peut-être l’un des signaux les plus révélateurs de ce changement. L’ambiance magique des J.O. n’était qu’un simple avant-goût de la lune de miel entre les Turinois et leur ville : aux
aperitivi copieux qui animent avec un succès toujours grandissant leurs soirées s’ajoutent désormais festivals, nuits blanches et autres rendez-vous qui rassemblent d’innombrables participants. Comment oublier, par exemple, l’immense foule qui s’est regroupée le long des quais du Pô pour admirer le grand spectacle du lancement de la nouvelle Fiat 500 en 2007 ?
Le matin, il faut attendre le passage des balayeurs pour éliminer les traces laissées par les noctambules sous les arcades de Piazza Vittorio (photo Lpj)
Piazza Vittorio, au cœur du problèmeTrès rapidement, toutefois, le revers de la médaille est apparu : nuisances pour les riverains, parkings sauvages, salissures et actes d’incivilité, parfois même la présence de dealers… Comme tous les ans, avec l’arrivée des beaux jours, le problème ne fait que s’aggraver. Cette année, toutefois, il est plus que jamais au centre d’un débat houleux : depuis quelques semaines, la presse citadine relate quotidiennement les querelles qui opposent les exploitants des établissements branchés et les noctambules aux riverains des quartiers qui restent animés jusqu’à l’aurore. La situation est particulièrement difficile
Piazza Vittorio, une des plus belles places de Turin, à deux pas des
Murazzi (les quais du Pô, un des pôles de la vie nocturne de la ville) : pour le constater, il suffit de s’y rendre le soir à partir de 22h00, de préférence le vendredi ou le samedi. Libérée des voitures, la grande place est devenue un lieu de rendez-vous incontournable pour les jeunes Turinois et le nombre d’établissements sous les arcades ne fait qu’augmenter.
La ville de Turin a mis en place un réseau de transports collectifs de nuit reliant les quartiers où la vie nocturne bat son plein. Le service, qui semble rencontrer la faveur des jeunes, permet ainsi de laisser sa voiture dans des parkings conventionnés et d’utiliser des navettes effectuant des parcours différents mais dont le terminus se trouve toujours piazza Vittorio Veneto.
"Torino non sta mai ferma"* ?Faut-il alors retourner en arrière et demander aux Turinois, surtout aux jeunes, de renoncer à "vivre la ville"de nuit ? Ce serait dommage, comme le souligne une lettre ouverte que des riverains du quartier de
San Salvario, un des quartiers les plus chauds de la ville, ont adressée le 15 juin dernier au maire pour protester contre une disposition concernant les horaires de fermeture de deux établissements. Depuis l’ouverture d’un certain nombre de bars et de pubs, le quartier a commencé à s’animer la nuit, grâce aussi à la proximité de deux facultés universitaires : cette animation, très bruyante il est vrai, peut faire fuir la criminalité et permettre de recréer des liens pour faire vivre le quartier. Il est toutefois évident qu’un petit effort de respect de la tranquillité de la part des uns et de tolérance de la part des autres est indispensable. La solution semblerait donc passer par une approche constructive et par le dialogue entre toutes les parties concernées : les riverains exaspérés, les exploitants des établissements... sans oublier bien sûr les noctambules trop bruyants ! Le slogan choisi pour promouvoir la nouvelle identité de la ville lors des J.-O. 2006 pourrait ainsi rester plus que jamais d’actualité : "
Torino non sta mai ferma"*...
Luisa Gerini (www.lepetitjournal.com - Turin) mercredi 24 juin 2009*Turin est toujours en mouvement