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Le centre culturel « AINIL », situé dans la Palacio Walker, du quartier Concha y Toro a été délogé par la police, jeudi dernier. Ce palace délabré, vendu a des investisseurs Nord-américains était occupé, légalement, depuis 7 ans par des artistes. Ils ont été la proie de violences policières, dont témoigne notre diaporama Les artistes et artisans de ce squat converti en centre culturel avaient fini par accepter l’expulsion, fruit d’un long procès avec les nouveaux propriétaires du bâtiment, mais espéraient pouvoir garder leur mobilier à l’abri de la pluie prévue jeudi dernier avant la fin de la journée. Scènes étrange pourtant, jeudi : les musiciens du centre culturel étaient en train de jouer sur la Place Internationale de la Liberté de Presse (place du quartier Concha y Toro) pendant que les huissiers de justice et les policiers vidaient le bâtiment. C’est alors qu’est arrivé un autre groupe de policiers, beaucoup plus virulents. Un des participants de l’atelier de percussions raconte : "Ils ont jeté une fille au sol avec force, frappant sa tête sur le sol" (blessures constatées à l’Hôpital San Juan de Dios) ; sept personnes ont été arrêtées, dont le journaliste Sebastián Larraín, d’"El Ciudadano", la police a dans la foulée, cassé sa caméra. À l’heure actuelle, la plupart ont été relâchés, seul Cristian Alfan, l’un des responsables de l’atelier de percussions, est encore en prison, pour avoir lancé un djembé sur les forces de police, il risque trois ans de prison.
Photo de la tour du Palacio Walker. "Ainil" : l'art populaire versus le capitalisme. "Ainil" » signifie "s’installer" en mapudungún (langue Mapuche). C’est ce qu’on fait les participants du collectif en redonnant vie au Palais Walker en 2002, palace à l’abandon depuis des années. Une fois installés, les artistes ont commencé à retaper la demeure, prenant contact avec le propriétaire qui a accepté que le lieu se transforme en un espace de création et de diffusion artistique citoyen. Depuis, le centre culturel propose divers ateliers de culture populaire : tissage, orfèvrerie, céramique, musique, danse, théâtre et cours de langue entre autres. Sept ans de travail acharné avec la permission du propriétaire (signée pour 12 ans), le collectif payant les impôts locaux et retapant la grande demeure pour proposer une offre culturelle accessible à tous.
Mais le même propriétaire a, entre temps, vendu le Palais à un groupe d’investisseurs américains "Lebanon Investment". Tout ce travail est anéanti par le projet commercial de Lebanon Investment : Joseph Westrate, à la tête du groupe d’investisseurs, a déjà racheté plusieurs demeures du quartier patrimonial et souhaite en terminer avec l’espace de diffusion culturel pour faire construire un hôtel de luxe à la place. Le centre culturel traité comme un "squat" a pourtant remporté en 2006 le projet "Fondart" de 10 millions de pesos, destinés à une analyse de l’infrastructure et de l’architecture, pour reconstruire le Palais suivant les patrons patrimoniaux, mais aussi pour pourvoir aux premiers travaux urgents.
Poli Rivera, artisan-orfèvre à l’AINIL, témoigne : "durant 5 ans nous avons travaillé à la restauration du Palais. Au début il n’y avait pas de toilettes et la plupart des pièces n’avaient ni sol ni murs. Nous avons réussi à enlever 12 semi-remorques de décombres à la seule force de nos bras". Antonio Caveric, céramiste à l’AINIL, conte au Petit Journal : "nous avons investit quasi 15 millions de pesos dans la récupération de ce bâtiment, en plus de toute la vie culturelle que nous avons donné à un espace abandonné et maintenant, on (Lebanon Invesment en particulier) nous dit qu’on peut chercher un autre endroit… mais c’est accablant de devoir tout recommencer de zéro". Le collectif continue de se manifester sur la place de Concha y Toro en attendant la réponse de la Cour de Justice quand l’appel lancé contre l’expulsion. Affaire à suivre.
Héloïse Grasset (www.lepetitjournal.com) mardi 23 juin 2009./Santiago {mxc} Dans le diaporama suivant, vous pouvez voir le déroulement de l’expulsion, la manifestation culturelle pacifique de soutien à l’AINIL, la rixe avec la police, les blessures qui en résultent.
Photos : Héloïse Grasset et Misael Errázuriz. |