Lundi, 13 Février 2012

L'effet de surprise passé, les électeurs hongrois se déclarent globalement satisfaits de la percée du Jobbik. Sans trop savoir dire pourquoi. Décryptage...

Selon un sondage réalisé par les instituts Forsense et Századvég, près de 60% des personnes interrogées sont satisfaites des résultats des élections européennes. Ce que l'on apprend dans le sondage, c'est que si les votants du Fidesz et du MSzP savaient depuis longtemps pour qui ils allaient voter, ce n'est pas le cas pour l'électorat du Jobbik, qui s'est décidé dans les dernières semaines avant le vote. La campagne du Jobbik semble donc avoir trouvé le ton juste.

Aujourd'hui, la majorité des sondés pensent que le score du Jobbik est une bonne chose pour la Hongrie.
Lorsque les personnes qui n'ont pas voté se prononcent à propos du Jobbik, ceci donc après l'impact médiatique qui a suivi le résultat, elles expriment elles aussi en majorité une opinion positive sur la présence du Jobbik sur l'échiquier politique intérieur et européen.
Cependant, lorsque l'on demande aux sondés de mentionner un thème de campagne du Jobbik, 72% en sont incapables. En insistant un peu, la plupart se souviennent toutefois des promesses concernant la "question Rom", et la défense des paysans hongrois et de la terre hongroise contre les intérêts étrangers. Force est de reconnaître que ce n'est pas si compliqué...

De la nature du Jobbik
Un autre sondage, réalisé quelques jours avant les élections européennes par Progressiv Intézet avec Publicus Research, tentait de savoir si les hongrois étaient avisés de la nature extrêmiste du Jobbik. Réponse simple : pas vraiment.
Rappelons deux faits, qui auraient pu éclairer les récents sondés. La candidate du "Jobbik", Hrisztina Morvai, a adressé avant les élections une lettre ouverte dans un forum Internet à une personne qui avait exprimé des critiques à l'encontre de ses opinions : "Je serais heureuse que ceux qui se déclarent "des juifs hongrois fiers"s'amusent avec leurs petits zizis circoncis au lieu de me diffamer. Les personnes comme vous sont habituées à voir des gens comme nous se mettre au garde-à-vous à chaque fois que vous pétez. Seriez-vous prêt, s'il vous plait, à comprendre que cela est terminé. Nous avons levé la tête et nous n'avons plus besoin de tolérer votre terrorisme. Nous reprendrons notre pays en mains."Gageons que personne n'ait pris au sérieux cette déclaration de Hrisztina Morvai, avocate spécialiste sur la question des droits de l'homme.

Par contre, certaines menaces proférées par Gabor Vorna, le président du Jobbik, auraient pu alerter l'opinion. En octobre 2008, ce dernier a envoyé un message public à TV2 et RTL Klub, deux chaînes de télévision populaires en Hongrie. Il déclarait que ces deux chaînes devraient avoir peur du jour où le Jobbik pourrait décider de leur destin. Le Jobbik fermera RTL Klub et TV2. La suite de la déclaration devient plus anecdotique pour le téléspectateur. Gabor Vorna rappelle juste que le Jobbik étant très en colère, il montrera aux propriétaires de ces deux chaînes par où se situe la sortie du pays, et il rasera les bureaux de ces deux sociétés.

Les ressorts historiques
Malgré cela, les hongrois considèrent la percée du Jobbik comme une bonne chose. En temps de crise, on explique facilement cette bienveillance par l'espérance d'un meilleur futur. Il est pourtant très probable que cette foi en un meilleur futur ne soit pas limitée à un aspect conjoncturel. Elle semble plutôt inscrite dans l'histoire, souvent ingrate avec la Hongrie. Le grand poète hongrois, Sandor Petofi, écrivait : "Nous sommes le peuple le plus délaissé parmi tous les peuples de la terre". Ce sentiment d'abandon qui a rythmé l'évolution du pays, a forgé cette identité naionale et cette propension à se mettre en résistance pour un meilleur futur.

La Magyar Garda, frange paramilitaire du Jobbik, a repris le "Szebb jövőt!", ce salut nationaliste utilisé par le parti nazi hongrois de Ferenc Szálasi durant l'entre-deux-guerres. Le week-end qui a suivi les élections européennes, les différents groupes d'extrême-droite hongrois, dont la Magyar Garda, se sont réunis a Szeged. Pourquoi Szeged? C'est la ville (à l'époque sous occupation française) d'où sont parties en 1919 les forces contre-révolutionnaires conduites par l'Amiral Horthy face à la République des Conseils du communiste Bela Kun. L'avancée se fit en tuant juifs et communistes, avant qu'Horthy n'entre dans Budapest sur un cheval blanc, tel Arpad triomphant peint par Mihaly Munkacsy dans "La conquête de la patrie hongroise".

Csanád Szegedi, le troisième élu de la liste du Jobbik, ira lui à Bruxelles pour lancer la longue croisade de reconquête de la grande Hongrie d'avant les accords de Trianon, comme Horthy l'entreprit dès 1921. Combien de hongrois ne rêvent-ils pas de réparer cette injustice historique ? Tous ces symboles parlent donc à de nombreux hongrois. Alors, en jouant sur des frontières mal définies entre extrêmisme et justice, extrêmisme et identité, extrêmisme et injustice, le Jobbik est en terrain fertile. 56% des électeurs du Fidesz considèrent la percée du Jobbik comme positive. Cela n'encourage pas les leaders du Fidesz à relever, ni a condamner le caractère extrêmiste du Jobbik. Au contraire, les élections nationales sont pour bientôt. Le week-end dernier, au rassemblement d'extrême-droite de Szeged, István Tarlós, leader du comité électoral du Fidesz au conseil municipal de Budapest, est intervenu et a conclu son discours par un "Szebb jövőt!"sous le drapeau d'Arpad, aux rayures rouges et blanches.

Eszter Házy (www.lepetitjournal.com/Budapestmardi 23 juin 2009.

Voir :
L'article de Eva Balogh du 18 juin 2009 "Cooperation contract signed by Hungarian extreme right"dans Hungarian Spectrum