Mardi, 14 Février 2012
Il y a 10 ans exactement débutait le processus de Bologne pour harmoniser les systèmes universitaires en Europe. Si la plupart des pays, dont la France par la réforme LMD, s’y sont plus ou moins facilement adapté, l’Allemagne rencontre encore de grosses difficultés, comme le montrent les grèves actuelles dans le milieu universitaire

A Stuttgart (photo. Frédéric Schulz), Berlin, Cologne, et dans toutes les grandes villes allemandes, les étudiants allemands se battent pour un certain modèle d'études supérieures.

Les étudiants français sont habitués aux grèves annuelles et cette année universitaire ne fera pas exception. Il y avait déjà eu le CPE (Contrat Premier Embauche) mais également la réforme LMD (Licence-Master-Doctorat), issue du processus de Bologne. Aujourd’hui cette réforme est passée dans les mœurs. En Allemagne, ce processus de Bologne tarde à s’appliquer correctement et c’était l’un des motifs de colère des manifestations étudiantes de la semaine dernière.

Objectif d’harmonisation européenne
En effet, parmi d’autres mots d’ordre tel que la fin des Studiengebühren (frais de scolarité) ou une augmentation du nombre de professeurs, revient régulièrement la critique contre le système Bachelor – Master issu du processus de Bologne. Ironiquement, celui-ci fêtait également la semaine dernière ses dix ans d’existence (19 juin 1999). L’objectif initial de ce processus, accepté par 46 pays européens, était d’harmoniser les cursus universitaires, notamment pour pouvoir améliorer la mobilité des étudiants. Cela passait notamment par un système de crédits (ECTS) censés être reconnus partout sur le continent.

Différents rythmes d’adaptation
Cette harmonisation s’est faite plus ou moins facilement selon les pays. Si les pays anglo-saxons ont connu peu de difficultés, la France a dû passer par l’épreuve des grèves avant que la réforme ne soit acceptée. Aujourd’hui le site du ministère de l’Enseignement supérieur français annonce fièrement que, « depuis 2006, 100% des établissements sont entrés dans la nouvelle architecture européenne des diplômes ». Universités et grandes écoles ont dû s’adapter sur ce nouveau format 3 (licence) – 5 (Master) – 8 (doctorat). L’Allemagne, elle, reste à la traîne alors qu’elle doit avoir fini cette harmonisation avant 2010.

Difficultés de compatibilité
Plusieurs explications à ce phénomène : le système universitaire allemand est très particulier, à commencer par la structure fédérale du pays qui rend les reconnaissances de diplôme déjà difficiles entre les Länder. Le rythme universitaire n’est également pas propice aux critères du processus de Bologne : basé sur un choix libre des matières, un emploi du temps allégé laissant la priorité au travail personnel et une durée totale des études parmi les plus élevées d’Europe. Dans les rangs des manifestants revient donc souvent ce sentiment de surcharge de travail due au nouveau système par rapport aux anciens diplômes, dont le prestige reste encore élevé au niveau national. Il est à craindre que ces difficultés se retournent principalement vers les étudiants les plus défavorisés qui ne trouvent plus le temps d’effectuer un emploi étudiant afin de financer leurs études alors que celles-ci, justement, sont devenues plus chères à cause des frais de scolarité dans de nombreux Länder.
Sébastien Vannier (www.lepetitjournal.com/berlin.html) lundi 22 juin 2009