Au lendemain du rendez-vous électoral des 6 et 7 juin, un sentiment de satisfaction générale semble partagé par l’ensemble des forces politiques. PDL, PD, Lega Nord, Italia dei Valori, UDC, semblent unis par cette euphorie postélectorale. Alors, qui a gagné, qui a perdu ? La situation réelle est beaucoup plus complexe que les sondages ne le laissaient entrevoir…
Les résultats des élections européennes, provinciales et municipales sont désormais officiels. C’est le moment de l’analyse, une période de réflexion qui permet de faire le point sur la situation politique en Italie.
Les premiers vainqueurs ? Les Italiens : contre les Cassandre sentant souffler un vent de dictature, fustigeant une opinion publique silencieuse et consentante, les électeurs ont donné une réponse qui a surpris plus d’un commentateur. On annonçait un plébiscite en faveur de Silvio Berlusconi, un raz-de-marée électoral qui l’aurait porté à des sommets jamais atteints. Or, les résultats, sans remettre en cause la primauté de son parti, ont montré que les choix se sont portés sur un éventail de listes et de candidats beaucoup plus large. Est-ce là une conséquence de ce que Silvio Berlusconi dénonce comme une campagne de dénigrement à son encontre, à savoir "l’insistance coupable"des médias italiens et internationaux sur certains aspects tels que le choix hasardeux et vite renié de candidates issues du monde du spectacle, les déboires conjugaux, la fréquentation d’une jeune fille mineure, et enfin les vicissitudes judiciaires ? Certes, on estime qu’une partie de l’électorat catholique (au moins 20 % des pratiquants, selon les analystes) aurait évité de voter pour le parti du président du Conseil pour des "raisons morales". Cependant, n’est-ce pas aussi et tout simplement la preuve que les Italiens savent surprendre et qu’ils ne se laissent pas facilement emprisonner dans les sondages ?
Second vainqueur, le système multipartite. Alors qu’au cours des dernières années, partis politiques et électeurs semblaient aller dans une seule et même direction, vers un système politique bipartite, ces dernières élections semblent constituer un retour en arrière. Les deux partis réunissant le plus de suffrages, PDL (majorité) et PD (opposition), totalisent pour les européennes 61,4 % des voix (84 % lors des élections de 2008). Les forces politiques des deux bords avaient d’ailleurs œuvré pour unir leurs forces, avec la création du Popolo della Libertà (fusion de deux partis, Forza Italia et Alleanza Nazionale, fortement voulue par Silvio Berlusconi) et du Partito Democratico (union entre Democratici di Sinistra et Democrazia e Libertà, mieux connue sous le nom La Margherita). La stratégie a somme toute été payante, comme le prouvent les résultats des formations de gauche qui se sont présentées divisées aux européennes, Sinistra e Libertà et Rifondazione – Comunisti italiani, qui n'ont obtenu respectivement que 3,12 % et 3,38 % des voix. Cependant, d’autres partis ont su capter les mécontentements, mobiliser leurs militants et profiter des défections au sein des deux grandes coalitions : il s’agit de la Lega Nord, qui bénéficie de 10,20 % de voix aux européennes et qui s’affirme du nord-ouest au nord-est du pays;à l’opposition l’Italia dei Valori (8 %) a presque doublé ses voix aux européennes et l’UDC (6,51 %) se maintient à un bon niveau. Dans de nombreux ballotages, ces partis feront la différence…
Les raisons de l’euphorie. Certes, Silvio Berlusconi est loin du résultat annoncé (entre 40 et 45 %, des suffrages). Aux élections européennes, son parti a cependant obtenu 35,26 % des voix, ce qui est évidemment un excellent résultat. En ce qui concerne les élections administratives, la géographie politique du pays a changé en faveur du PDL et de son alliée, la Lega Nord. Partout, le centre-droite avance et conquiert des positions hier encore administrées par l’opposition. C’est ainsi que 15 provinces passent à la majorité, dont celles de Plaisance et de Naples, alors que le contraire ne s’est pas produit. Le scénario est le même pour les municipales.
Ville, Province et Région de Turin ont été surnommées "le village d'Astérix"dans la mesure où elles constituent une exception dans le nord de l'Italie qui résiste, envers et contre tout, à l'avancée du PDL et de la Lega. Cette fois, cependant, le candidat du PD est talonné de près par la candidate du PDL (logo Provincia di Torino)L’opposition, défiée dans ses places-fortes, perd des fiefs importants en Ombrie et dans les Marches. Pire encore, au cœur des régions "rouges"telles que l’Emilie-Romagne ou la Toscane, à Florence, à Prato, à Bologne ou à Ferrara, c’est le ballotage qui déterminera le parti du vainqueur. Le PD, malgré tout, est soulagé : le seuil critique était placé à 26 %, il a obtenu 26,13 % des voix. Surtout, l’écart qui le sépare du PDL et de ses 35% de voix n’est pas infranchissable. En ce qui concerne les élections administratives, les difficultés se font sentir, de nombreuses batailles ont été perdues sur le terrain, le parti recule. Mais le scénario catastrophique remettant en cause l’existence même d’une coalition de centre-gauche ne s’est pas produit… C’est déjà un succès pour un parti en crise à la recherche d’un leader charismatique ! Dario Franceschini, leader de transition suite à la démission de Walter Veltroni, cèdera-t-il la place, lors du prochain congrès de son parti prévu pour le mois d’octobre ? Maintenant, au sein de chaque coalition, l’heure est aux subtils calculs d’influence afin de préparer les batailles futures : le deuxième tour dimanche 21 juin, et les élections régionales en 2010…
Christine Correale. (www.lepetitjournal.com – Turin) vendredi 12 juin 2009