Mardi, 14 Février 2012
Une grosse claque jeudi aux élections locales, confirmée dimanche aux Européennes : le Labour de Gordon Brown est au plus mal. Saura-t-il survivre à ces conditions d’autant plus difficiles que les membres du gouvernement démissionnent les uns après les autres ?

Un bureau de vote, jeudi dans le Yorkshire (photo I.G)
Lourde défaite des travaillistes, victoire des eurosceptiques, percée de l’extrême-droite : tels sont les enseignements des élections locales et européennes qui ont eu lieu au Royaume-Uni jeudi. Sur fond de récession, de scandales autour des notes de frais réclamés par les députés, et de démissions ministérielles à répétitions, les résultats sont sans appel : le Labour party, au pouvoir depuis 1997, est relégué en troisième position par les électeurs britanniques, derrière les conservateurs, les libéraux-démocrates (pour les élections locales) et l’UKIP, le parti de l’indépendance (pour les élections européennes).
Bien qu’organisés le même jour au Royaume Uni, ces deux scrutins poursuivent des dynamiques électorales différentes. Le scrutin local est un indicateur de l’implantation des forces politiques dans les régions rurales et au niveau national. A ce titre, les Tories ont remporté une très large victoire, avec 244 nouveaux conseillers municipaux et une majorité acquise dans la totalité des 30 county councils (conseils locaux), au détriment du parti travailliste qui perd les 4 councils encore détenus jusqu’à présent. Ces résultats pourraient dessiner la future carte législative et incitent les conservateurs à appeler de leurs vœux des élections anticipées.

Défaite européenne historique
Le scrutin européen signe quant à lui une défaite historique pour le Labour, qui plafonne à 16% des voix, le pire score du parti travailliste depuis la première guerre mondiale. Des sièges dans les fiefs traditionnels du parti comme les zones industrielles, le Pays de Galle, ou l’Ecosse sont cédés au parti conservateur, au parti nationaliste écossais ou encore au British national party (BNP). Les Tories, en remportant 28% des voix, semblent sortir beaucoup moins affaiblis par la crise parlementaire que le gouvernement.
Surtout, le scrutin proportionnel a favorisé le vote contestataire et les partis plus marginaux, au premier rang desquels les souverainistes et nationalistes anti-européens. Avec 13 députés nouvellement élus au Parlement de Strasbourg, UKIP disposera d’une légitimité et de moyens renforcés pour défendre sa thèse de la sortie de l’Union européenne. Dans un pays divisé depuis trente ans par cette question, le vote eurosceptique réunit au total plus de 60% des voix. Profitant de l’important taux d’abstention, le BNP, parti d’extrême-droite, fait aussi une entrée remarquée dans l’arène politique en envoyant deux élus au Parlement européen.

Quel avenir pour Brown ?
La question du départ de Gordon Brown se pose aujourd’hui avec plus d’acuité encore. Certains députés issus de la majorité parlementaire, les "rebelles"autoproclamés, continuent de demander la démission du Premier ministre afin de pouvoir élire un nouveau leader avant l’été. Mais les 70 noms requis pour initier un vote de défiance à l’encontre de Brown ne sont pas encore réunis. Dans l’immédiat, la perspective de putsch ne semble pas se concrétiser, même si Jane Kennedy, secrétaire d’Etat aux questions environnementales, vient de rejoindre les rangs des nombreux ministres démissionnaires. Le Premier ministre, entouré d’alliés fidèles depuis le remaniement ministériel de la semaine dernière, semble déterminé à rester à la tête du pays jusqu’aux prochaines élections générales en juin 2010. Certains députés seraient prêts à taire leurs critiques en échange d’un changement de cap politique, si le projet de loi sur la privatisation partielle de la poste (Royal Mail) est abandonné et si le gouvernement accepte de créer une commission d’enquête sur la guerre en Irak. Pour l’instant, le Labour va mal, mais Gordon Brown survit. Jusqu’à quand ?
Isabelle Goepp (www.lepetitjournal.com- Londres) mardi 9 juin 2009

Les résultats des Européennes au Royaume-Uni
Parti                Nombre de sièges          Répartition des voix
Conservateurs   27 sièges (+3)               27,5%
UKIP                13 (+4)                                 16,6%
Labour              13 (-6)                                15,8%
Lib Dems          11 (+2)                              13,8%
Greens              2 (+0)                                 8,7%