C’est une vieille tradition dans la région. Pour un petit groupe de paysans des environs de Battambang planter et fumer de la marijuana en groupe ensemble est le début idéal pour une journée de labeur aux champs.
(crédit photo-The PPPost)Tatok 2 est un petit village paisible des environs de Battambang, un groupe de planteurs de riz
un groupe de paysans sont assis en cercle sous une maison sur pilotis. Avec leurs kramas et leurs mains usées, on leur donnerait le bon dieu en confession, et pourtant la fumée qui les entoure trahit leur petit secret. « Je ne peux me passer de marijuana, si je ne fume pas alors je n’ai plus l’énergie pour aller au champ » avoue ainsi Soun Sopheak, 28 ans, qui a commencé à fumer à l’âge de 12 ans. Lui et tous les autres paysans interviewés ont demandé expressément à ce que leur nom soit modifié à la publication de cet article. A Tatok 2, ce petit groupe d’hommes se réunit deux fois par jour pour fumer ensemble la marijuana, un rituel collectif des plus appréciés qui, chacun d’entre eux le reconnaît, rend leur vie plus facile. A l’aide d’une longue pipe traditionnelle en bambou, une petite planche de travail et un couteau, les hommes planent avant de partir planter le riz dans leurs champs.
Mais depuis 1996, le le fait de planter, vendre ou encore consommer de la marijuana au Cambodge est illégal. A Tatok 2 toutefois assurent ces fermiers, la police préfère ignorer les petites plantations de marijuana du moment que la production ne sert qu’à la propre consommation des planteurs. « On ne plante pas pour revendre. On garde le tout pour nous, c’est pourquoi les autorités nous laissent faire » précise Soun Sopheak, ajoutant que la plupart des maisons de la zone cachent entre 20 et 30 plants de marijuana. Et d’expliquer « On sait que les autorités l’ont interdit, mais on fume en cachette, on fait pousser derrière nos maisons, et on cache le tout derrière un mur de bambou à l’abri des curieux ». A 52 ans, Khuon Samnang reconnaît entretenir entre 50 et 60 plans de marijuana, des gens viennent parfois au village et essayent d’acheter la drogue, mais en dépit de leur pauvreté, les habitants du village préfèrent refuser. « Il arrive que des visiteurs de Battambang viennent nous proposer de racheter notre production à 25 dollars le kilo, mais nous ne vendons pas... J’ai très peur que la police ne m’arrête ».
A Tatok 2, la fumette est devenue une activité secrète unissant les hommes. Et Soun Sopheak de raconter, « Je ne peux pas fumer seul. Je dois avoir des partenaires, parce que l’on a besoin de partenaires pour discuter. Le matin, et à la tombée de la nuit à 19h, nous nous rassemblons pour fumer, et nous partageons avec nos amis s’ils n’ont pas de Marijuana ». La communauté a même développé ses propres codes pour communiquer en public sans éveiller l’attention. Khuon Samnang de donner quelques détails « Nous avons une phrase pour inviter nos amis à venir fumer avec nous ‘Allons voir les nuages tournoyer dans le ciel’. Nous nous retrouvons tous alors dans la maison d’un ami ».
La fumette meilleure que l’alcool
Ces paysans ne sont pas des rebelles, loin de là, mais même s’ils savent que cette activité est illégale, ils ne sont pas prêts de s’arrêter. « Fumer me rend heureux, lorsque je plane, je souris toujours... et j’ai toujours l’impression d’être en forme » décrit ainsi Chhoum Chouk, 58 ans. Un avis que partage Khuon Samnang, ajoutant que pour lui, planer était moins dangereux pour la société cambodgienne que se saouler. « Fumer de la marijuana est meilleur que boire du vin, parce que cela ne rend pas violent. Fumer fait sourire, et endort ». Selon lui la police a plusieurs fois averti les villageois qu’ils risquaient jusqu’à 5 millions de riels (1,200 dollars) d’amende et un an de prison derme, et que depuis les hommes fument au secret « comme des voleurs ». Mais en dépit du danger, ils ne peuvent arrêter de fumer. « On voulait arrêter, mais on n’a pas pu. Lorsqu’arrive l’heure à laquelle on se regroupe pour fumer, j’ai une impression bizarre en moi qui me dit il faut que tu fumes ».
Les risques sanitairesGnou Sothy est le responsable du département sanitaire provincial, pour lui les personnes qui fument régulièrement de la marijuana ne peuvent s’arrêter facilement. Et bien que la marijuana soit pour lui moins nocive que beaucoup d’autres drogues illégales, sa consommation à long terme peut causer de sérieux problèmes. « Fumer de la marijuana entraîne des risques pour la santé mentale, pour les grands fumeurs, l’impact porte sur les poumons et les nerfs ». Le chef de la police du district de Mong Russei indique que ses hommes ont éradiqué toutes les plantations et commerce à grande échelle, « Auparavant les quantités plantées étaient plus importantes, mais nous sommes allés sur leurs champs pour les bruler ». Le gouverneur du district, Long Som, rend lui homme aux campagnes d’éducation qui ont permis d’éliminer la marijuana de la région. « Nous avons passé du temps à éduquer les habitants... et depuis plus personne ne fume dans mon district »
May Titthara-Mong Russei, Battambang de notre partenaire The Phnom Penh PostTraduit par LePetitJournal.com-Cambodge mercredi 3 juin 2009Retrouvez cet article et le reste de l'actu en anglais sur http://www.phnompenhpost.com