Monarchie ou République ? Le 2 juin 1946, 85 ans après la proclamation de l’unité italienne par Victor-Emmanuel II en 1861, les Italiens se prononcèrent au suffrage universel sur la forme de gouvernement d’un pays fortement marqué par les événements de la seconde guerre mondiale. Retour sur la genèse de la République italienne
Le président Giorgio Napolitano à l'occasion de la réception organisée pour la Fête de la République dans les jardins du Quirinal (photo Presidenza della Repubblica)
Quand on parle de fête nationale en Italie, les idées ne sont pas toujours très claires. Il faut dire que l’histoire italienne contemporaine est souvent survolée dans les écoles, phénomène qui reflète la construction difficile d’une mémoire nationale commune. La confusion est souvent forte entre deux fêtes officielles dont les origines remontent à la période de la seconde guerre mondiale. Le 25 avril (1945) est l’anniversaire de la Libération contre le fascisme et l’occupant allemand, commémoré dès 1946. Le 2 juin est devenu quant à lui dès 1948 la fête nationale de la République italienne, avec son traditionnel défilé à Rome. Abolie en 1977, elle est réintroduite en 2001 par le président de la République de l’époque, Carlo Azeglio Ciampi, désireux de créer un véritable sentiment de cohésion nationale. Elle commémore le référendum par lequel les Italiens choisirent, entre la monarchie et la république, la forme de gouvernement de leur pays. Cette année, cent cinquantenaire oblige, elle sera fêtée de manière un peu plus solennelle. Mais suivons pas à pas les étapes de ce choix décisif…
Dernière tentative de la monarchie
Le 9 mai 1946, à quelques semaines du référendum, le roi Victor-Emmanuel III, âgé de 77 ans, abdique. Après 46 ans de règne, il laisse le trône à son fils Umberto II. Ce dernier reste dans l’histoire avec le surnom de Re di maggio ("le roi de mai") tant son règne a été court... En s’effaçant, le souverain espérait que le poids des souvenirs de l’ère mussolinienne ne pèserait pas trop sur le scrutin. Mais une grande partie de l’opinion publique considérait cependant que le pouvoir monarchique s’était trop compromis avec le régime fasciste pour ne pas en partager les responsabilités. Avec 12.718.641 voix contre 10.718.502, l’Italie devient
donc une république et les membres de la famille régnante prennent le chemin de l’exil. La République triomphe sans majorité écrasante, avec une division nette du pays, le sud monarchiste et le nord républicain.
Quelques rappels
Parallèlement au référendum, les Italiens (et les Italiennes, qui ont obtenu le droit de vote en février 1945 et qui ont donc également pu exprimer leur préférence pour le choix de la forme du gouvernement) ont voté pour élire les membres de l’Assemblée constituante qui a joué le rôle d’assemblée législative jusqu’à l’élection du premier parlement. Le 28 juin 1946, avec le titre de Chef provisoire de l’Etat, Enrico De Nicola devient le premier président de la République italienne. Approuvée le 22 décembre 1947, la nouvelle constitution entre finalement en vigueur le 1er janvier 1948. Une constitution, des symboles (le drapeau tricolore vert blanc rouge, l’hymne Fratelli d’Italia), une fête nationale, rien ne manque à la jeune République italienne qui fête aujourd’hui ses 65 ans.
Christine Correale (www.lepetitjournal.com /Turin) jeudi 2 juin 2011