Mardi, 14 Février 2012
Depuis samedi, des milliers de personnes viennent rendre hommage aux enfants victimes de maltraitance en signant les livres mis à leur disposition à la mairie de Dublin. Le rapport sur la maltraitance des enfants, rendu public mercredi 20 mai, a provoqué une grande émotion dans la société irlandaise

(File d'attente devant Mansion House pour signer le livre de solidarité - photo LPJ)
La file d’attente longue de plusieurs dizaines de mètres n’a pas diminué de tout le week-end. Des signatures, des messages de sympathie, mais aussi des témoignages personnels ont été inscrits au cours des derniers jours sur les livres de solidarité mis à la disposition du public à la Mansion House de Dublin. Bien que le sujet est connu depuis de nombreuses années, le rapport qui fait état de la maltraitance des enfants dans certaines institutions catholiques entre 1930 et 1990,  est un choc pour la société irlandaise.

Victimes ou familles de victimes, proches ou simples anonymes n’ont pas hésité à montrer leur solidarité face à ces années noires, et ne se sont pas contentés seulement de signer mais sont restés se recueillir un moment dans le hall. "Je ne peux croire toutes les histoires entendues ces derniers jours", s’étonne le maire de Dublin, Eibhlín Byrne, "Les réactions vont au-delà de ce que j’attendais. Les gens ne sont pas seulement venus signer le livre. Ils nous ont fait part de leur histoire, avec une intense émotion". De nombreuses personnes de Grande-Bretagne, des Etats-Unis ou d’Australie ont manifesté leur soutien à cette démarche. Devant une telle mobilisation, le Maire de Dublin a donc décidé de prolonger jusqu’à vendredi l’accès aux livres.

Chacun doit prendre ses responsabilités
(Signature du livre à Mansion House - photo LPJ)
L’histoire risque de faire ressurgir bon nombre d’évènements sordides et de complicités cachées, tant au niveau politique qu’ecclésiastique. Des années passées sous silence mais encore bien présentes dans les mémoires. Les témoignages sont tous plus poignants les uns que les autres.

Un homme raconte qu’il a été envoyé dans une institution catholique à l’âge de dix huit mois, sur ordre d’un juge, pour motif qu’il errait dans les rues ! Un médecin se souvient qu’après avoir dénoncé des maltraitances en 1968, il a eu beaucoup de mal à pratiquer son métier par la suite.

Les compensations financières proposées par l’Eglise et l’Etat paraissent bien dérisoires voire ridicules par rapport aux souffrances endurées. Sans parler du débat actuel qui se poursuit pour savoir qui paiera la facture ! L’indemnisation de 127 millions d’euros fixée en 2002 paraît aujourd’hui insuffisante aux yeux des associations de victimes et de certains membres de l’Eglise. L'archevêque de Dublin, Mgr Diarmuid Martin, a demandé lundi dernier aux 18 congrégations religieuses mises en cause dans cette affaire de faire un geste supplémentaire en faveur des victimes et de leurs familles. Certains estiment qu’il est grand temps que l’Eglise arrête de se cacher derrière la loi pour faire face à ses responsabilités. Pour d’autres, il serait également important de fixer une journée de commémoration dans l’année en mémoire des enfants maltraités. Pour ne plus oublier.
Catherine Legras (www.lepetitjournal.com/dublin) mercredi 27 mai 2009.

The Mansion House
Dawson Street
Dublin 2