"Jamais le double langage de
l’Occident n’a été aussi manifeste que durant l’ère Bush, et jamais le
monde arabo-musulman n’a paru plus enfermé dans une impasse"écrit Amin Maalouf dans son analyse des civilisations contemporaines. Seule la culture pourra nous sortir du Dérèglement du monde
L'auteur franco-libanais interroge nos valeurs communes (photo Grasset)Une fois encore Amin Maalouf laisse de coté le roman pour "s’essayer"à l’analyse complexe du monde au XXIe siècle. Nourri de ses deux
cultures qu’il aime tant, le Franco-Libanais invite à réfléchir sur de
nouvelles valeurs communes, afin de sortir des crises actuelles.
Le
dérèglement du monde, est en même temps un diagnostic grave et
humaniste et un cri de colère et d’indignation que l’auteur adresse à
toutes les civilisations.
La sonnette d’alarme
Très inquiet de la situation actuelle, Amine Maalouf renvoie à leurs
responsabilités deux civilisations qui s’affrontent. Pour lui,
l’occident infidèle à ses propres valeurs a perdu toute crédibilité aux
yeux des peuples qu’il tente d’"acculturer". Le monde arabo-musulman
quant à lui, anéanti par la haine de soi et de l’autre, s’enfonce dans
une déficience morale qui le jette dans une impasse historique.
Les progrès technologiques et scientifiques du XXe siècle ont
révolutionné l’histoire de l’humanité, mais l’évolution des esprits n’a
pas suivi. Si Amin Maalouf tire la sonnette d’alarme, c’est parce que
le dérèglement est pluriel : il est intellectuel, éthique,
géopolitique, économique, financier et climatique. La multiplicité des
symptômes donne à la crise un caractère d’urgence inédit.
L’évolution des mentalités prend du temps, dit-il et attendre quinze ou
vingt ans peut s’avérer fatal pour la planète. Ayant atteint "
son
seuil d’incompétence morale"le monde doit réfléchir à de nouvelles
formes d’être ensemble afin de sortir de la "t
rop longue préhistoire".
La solution est culturelle
Amin Maalouf cherche à comprendre comment on en est arrivé là. Il
remonte l’histoire depuis le démantèlement de l’empire ottoman à nos
jours, expliquant la progression des communautarismes et l’explosion
des fanatismes.
Il voit dans l’échec des nationalismes arabes et
notamment celui de Nasser, le berceau des spasmes identitaires et de
l’islamisme. Au lieu d’une "
fin (heureuse) de l’histoire", la chute
du mur de Berlin et le triomphe du capitalisme, ont au contraire
conduit l’occident à la pire crise de son histoire. Le problème pour
Maalouf, n’est pas dans le choc des civilisations il est plutôt dans
leurs épuisements.
C’est pourquoi il propose la sortie de ces dérèglements par "
la
primauté de la culture". Car la diversité des cultures est en soi un
atout et non un obstacle à l’adoption d’une nouvelle échelle des
valeurs.
Adil Elamrati (www.lepetitjournal.com) mercredi 27 mai 2009
Le dérèglement du monde : quand nos civilisations s‘épuisent, Amin Maalouf, Grasset, 314 pages. 17€1O