Mardi, 14 Février 2012


Le public est grandissant pour les écrivains locaux, de nouveaux auteurs apparaissent, en dépit des coûts d’impression toujours très élevés et du problème du piratage

(Crédit Photo The PPP)
A 21 ans, Dy Vutheara passe son temps au second étage de la librairie ‘International Book Center’. Au milieu des centaines de romans en langue khmère, elle doit choisir sa prochaine acquisition. Et si elle aime tous les genres, des enquêtes policières aux bandes dessinées, les histoires d’amour ont sa préférence. « La plupart d’entre elles sont intéressantes, il me faut donc les comparer pour choisir la meilleure » glisse Vutheara, elle-même étudiante en science environnementale de l’URPP (Université Royale de Phnom Penh). Elle a acheté près de 100 livres depuis qu’un de ses professeurs, il y a maintenant trois ans, lui a suggéré de lire plus régulièrement. Et elle n’est pas la seule. Quarante de ses amies partagent cette passion de la lecture, et de se tenir informées mutuellement des dernières publications. « Nous ne ratons jamais une nouvelle sortie même si nous n’avons pas beaucoup d’argent » raconte Vutheara, « nous achetons à tour de rôle, et nous nous passons les livres pour les lire ».

Pour Kim Sophat, secrétaire d’Etat à la Culture, l’intérêt croissant du public pour les romans en khmer conduit à une augmentation du nombre des auteurs publiés. « De plus en plus de jeunes à la campagne et dans les villes s’essaient à l’écriture, il est désormais possible d’en vivre ».

De plus en plus de lecteurs
Sous son nom de plume de « Lapin », Mao Somnang est une des romancières les plus connues du pays. Elle aussi a noté au cours de la dernière décennie une augmentation du nombre d’exemplaires publiés pour chaque livre, dénotant ainsi un nombre de lecteurs croissant. La romancière gagne environ 500 dollars par mois pour des romans qu’elle passe un mois et demi à écrire. Et de préciser que si les lecteurs connaissaient ses difficultés, ils seraient moins enclins à se plaindre du prix de vente. Cela dit, et en dépit de la question des prix, ses nombreux fans peuvent suivre ses dernières publications en les empruntant aux librairies.

Keo Somaly est une dévoreuse de livre, elle a ainsi choisi de dépenser les deux dollars destinés à son repas pour acheter son livre favori : ‘Neang Macha’ (la princesse Poisson). Nombreux sont les autres jeunes à partager ses goûts, ce qui leur permet de diminuer les coûts d’achat. « Aujourd’hui c’est à mon tour d’acheter, ce livre coute 7,000 riels (1,69 dollar) » explique Somaly, « Mes amies et moi achetons tour à tour, nous n’avons pas beaucoup d’argent mais nous aimons lire ».

Les copies pirates
L’apparition des soap-opéras et des films étrangers, inquiète les écrivains locaux. Mais pour Mao Somnang le principal problème est la piraterie. « Les copies illégales nuisent aux auteurs. Un roman est publié, et tout de suite après des photocopies sont disponibles au marché » raconte-elle, « Les copies sont certes beaucoup moins chères, mais elles portent atteintes aux écrivains et aussi aux imprimeurs ». Selon Kim Sophat du ministère de la Culture, les auteurs peuvent poursuivre en justice ceux qui reproduisent illégalement leur travail. Un avis que partage Seong Phos, un professeur de l’Université Royale, selon lui les pirates doivent être traités comme des voleurs, conformément à la loi, et être sanctionnés, il précise toutefois qu’un tel cas ne s’est pas encore produit.

L’avenir
Dy Vutheara regrette que les thèmes abordés dans les romans khmers manquent de profondeur, « les lecteurs n’ont qu’à regarder la couverture, parcourir les premières pages, et ils peuvent déjà deviner comment l’histoire va se terminer ». La romancière Mao Samnang souhaite pouvoir faire des changements dans ses livres à venir. L’accès aux romans étrangers est plus grand, les lecteurs souhaitent voir plus de gaité et de créativité dans les romans cambodgiens, autant d’indice que le jeune public est désormais prêt pour une nouvelle approche de la littérature. « Nous avons du mal à survivre en tant que romancier, mais nous tentons avant tout de maintenir en vie la tradition littéraire Khmère, pour ensuite la transmettre aux nouvelles générations ».

Lim Seang Heng de notre partenaire The Phnom Penh Post
Traduit par LePetitJournal.com-Cambodge mardi 19 mai 2009

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