Mardi, 14 Février 2012
En maître de cérémonie, Edouard Baer a brillé de tous ses humours. En présidente, Isabelle Huppert a haussé ses fulgurants sourcils. En pépé énervé, Aznavour a boudé. Blanche a adoré

Isabelle Huppert a brillé hier soir (capture d'écran Canal+)

Si les cinéphiles étaient footeux, le festival de Cannes correspondrait vraisemblablement à l’annuelle Coupe de France. Comme ses supporters, ils connaissent à fond la filmographie des acteurs ou réalisateurs en lice et savent très précisément sur qui faire porter leurs espoirs. Le match d’intronisation s’est tenu hier avec la très attendue cérémonie d’ouverture qui, malgré son caractère convenu, suscite annuellement un véritable engouement –du fait qu’elle présage de l’ambiance des 10 jours à suivre.
Si elle doit correspondre cette année à l’extraordinaire aisance du maître de cérémonie –qui en plus d’un humour terrifiant, a interpellé son ami Jean Rochefort présent dans la salle pour se donner des aises - alors elle est pleine de promesses : Edouard Baer pour l’occasion avait aplati d’un gel haute puissance sa mèche d’ordinaire rebelle. Ce qui n’était pas le cas de la superbement frêle Isabelle Huppert qui malgré sa longue robe beige-irisé portait une chevelure mi-courte savamment décoiffée.

D’Isabelle à Hafsia
Après la projection d’extraits de ses films, on est resté scotché : quelle carrière du feu de Dieu, quelle formidable présence ! En même temps, la dame a déjà reçu le prix d’interprétation féminine (Violette Nozières, Chabrol -1978;La pianiste, Haneke -2001) et 17 de ses films ont été présentés aux jeux de la Croisette.
La présidente du jury aux sourcils en équerre d’architecte a joliment parlé du cinéma en citant les mots de Fellini pour le définir comme une "machine de vérité"qui réconcilie le réel et le rêve pour "nous dire qui nous sommes et serons". La diction était lente, réfléchie et moyennement assurée, le sourire absent : Huppert prend clairement sa mission au sérieux.

Sérieux aussi était Charles Aznavour (photo AFP), très investi du caractère grincheux de sa voix française du pépé acariâtre de Up (Là haut) –premier film d’animation dans l’histoire du festival à faire l’ouverture. Franchement, le père de La vie de Bohème nous a fait une version grimacée de Que c’est triste Cannes !
Il n’était pas content semble-t-il que Brian Ferry ait interprété la version anglaise de sa chanson Elle en portant une chemise blanche sur un costume noir. Le minuscule Aznavour qui avait opté pour une chemise noire sous une veste blanche a dû sentir son costume trop daté, ce qui était idiot puisque tous les hommes en scène portaient finalement des smokings en noir et blanc. Heureusement que les femmes ont été inventées !
Une Indienne en vert, une Taïwanaise en bleu, une Américaine en argent, une Italienne fleurie, et une Hafsia Herzi –splendide héroïne de La graine et le mulet, en violet pour ouvrir officiellement le festival. Les femmes étaient splendides, Edouard Baer aussi.
Blanche BAUDOUIN. (www.lepetitjournal.com) jeudi 14 mai 2009


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