Mardi, 14 Février 2012


Ce n’est certes pas un boulot pour tout le monde, un jeune franco-khmer a lancé un atelier d’introduction aux métiers du cinéma soulignant les possibilités de ce média


(Crédit photo- The PPP)
Davy Chou, réalisateur franco-khmer, vient d’arriver et il dynamise déjà la scène cinématographique phnompenhoise avec le lancement d’un atelier d’introduction aux métiers du cinéma destiné aux étudiants de la capitale. Ses parents ont quitté le Cambodge pour étudier en France en 1973 et ne sont jamais revenus, mais le jeune homme de 25 ans a pu enseigner les rudiments du cinéma, et notamment les prises de vus, les angles de caméra, le script, ou le casting, à quelque 70 élèves de quatre différentes écoles de la capitale. Les élèves ont des parcours différents : anciens enfants des rues de l’association Mith Samlanh (Friends International), artistes de l’Institut Reyum, apprentis journalistes de l’Université Royale de Phnom Penh et enfin élèves du Lycée Descartes. Chou constate que chaque groupe réagit différemment à l'atelier «Les étudiants de Mith Samlamh n'ont aucune connaissance filmographique mais sont très créatifs et artistiques. De l'autre coté, les étudiants en journalisme sont habitués à voir les images des actualités nationales et internationales ». Les cours ont été conçus pour ouvrir les élèves aux possibilités du cinéma, et les encourager à regarder les films différemment « Certains d'entre eux iront jusqu'à des formations professionnelles mais mon atelier est une première étape pour leur ouvrir les yeux ».

Petit-fils du célèbre réalisateur cambodgien des années soixante Van Chann, Chou envisage de rester au Cambodge encore une année. Parallèlement à ses cours, il poursuit des projets personnels, avec notamment un film et un documentaire sur les années 50, 60 et 70, une époque que beaucoup considèrent comme l’âge d’or du cinéma cambodgien. Selon lui, le cinéma cambodgien ne s’est pas relevé du régime Khmer Rouge, déjà parce qu’il n’y a plus de marché. Chou est affligé par le fait que peu de gens peuvent se permettre une séance de cinéma, et que quand ils le font c’est pour préférer regarder des navets en provenance de Thaïlande ou de Corée. Chou, toutefois, voit dans le succès de la dernière production lesbienne « Who am I ? » un signe encourageant du renouveau du secteur. En discutant du film, certains élèves ont reconnu croire la rumeur selon laquelle le film tournerait ses spectateurs en homosexuels.

Pour Poum Seila, un étudiant en 3eme année de journalisme, l’atelier aide à regarder les films de manière plus critique, Seila réfléchit désormais à entreprendre une carrière dans l'industrie du film. « Les cours m'ont aidé dans mes reportages télévisés, il est très utile de savoir comment éditer les films » raconte t-il, « De plus, le contraste entre le cinéma et le journalisme est très positif, car nous pouvons utiliser certaines des techniques artistiques du cinéma que nous avons apprises pour rendre nos reportages télévisés plus intéressants. »
Cependant, selon lui il faudra certainement étudier à l’étranger pour espérer réussir en tant que réalisateur en raison de la mauvaise qualité des réalisations cambodgiennes.

Un autre étudiant en journalisme, Meas Raksmey, 22ans, préfère désormais les productions étrangères. Après avoir suivi les cours, il remarque désormais les erreurs des fictions cambodgiennes. « Avant, je regardais un film juste pour le plaisir, mais désormais j'ai un regard plus critique» dit il. « Désormais nous sommes formés pour aller au delà du rôle de simple spectateur. » Sa critique sur les films locaux porte sur les stéréotypes de base et le manque d’originalité de la plupart d’entre elles, « Le manque de budget les limite, ils ne peuvent pas sortir du cadre, c’est pour ça qu’il y a autant de copie sur le marché cambodgien, ils copient des films du passé ou des films qui ont du succès ».
La partie théorique des cours s'est achevée la semaine dernière, et un casting débutera cette semaine en vue du documentaire qui sera tourné en mai et en juin. Il s’agit d’un projet très vaste, chacun des sept groupes devant écrire 5 minutes du scénario. Le documentaire sera filmé et édité par les étudiants eux-mêmes, seuls les enfants des rues de Rith Samlanh joueront dans le film, Chou ayant remarqué leur créativité, « ils pensent très différemment des autres élèves. »

Après avoir emmené tout son matériel de France, et près de 300 DVD, Chou espère que les travaux se poursuivront après son départ, tout en étant conscient que les recherches de fonds ou d’équipement peuvent être difficiles. « Je veux juste leurs montrer que les films vont au delà du simple divertissement... le cinéma est un art » ajoute t-il pour conclure « si de très bons films ont été réalisés ici par le passé, cela peut se reproduire».

Eleanor Ainge Roy de notre partenaire The Phnom Penh Post
Traduit par LePetitJournal.com-Cambodge Mardi 5 mai 2009

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