Face à la proposition de Ryanair de doubler le tarif des gros sur ses vols, Blanche s’interroge sur le volume contemporain. Et suggère que s’il doit y avoir deux poids, autant qu’il y ait aussi deux mesures
Avant d’être vieille et minuscule, Rosa Parks s’est assise dans un bus (photo AFP)
On a tous horreur des gros, c’est inscrit dans notre patrimoine génétique. Le gros renvoie l’image gluante de ce qu’on pourrait être si on n’y prenait garde. D’un ton claquant, feu mon grand-père qui malgré deux guerres restait assez enrobé, lâchait souvent "on ne naît pas gros, on le devient".
Ne répondant pas aux canons actuels, le gros fait peur, dérange, importune. De le voir transpirer à mouvoir ses largesses, on redoute même qu’il ne sente mauvais. Dans Safari, le nouveau film d’Olivier Baroux (le vieux pote de Kad Mérad) l’acariâtre Valérie Benguigui s’adresse au vaste Guy Lecluyse pour lui jeter un épidermique "tu me dégoutes, tu dégoulines"-ce qui ne l’empêche pas plus tard de lui rouler de frénétiques palots.
Ayant bien saisi l’angoisse poids-lourd que véhicule le gros chez le non-gros, Ryanair, l’impayable compagnie aérienne se paye un formidable coup de pub en demandant à ses passagers s’il ne serait pas non seulement pertinent, mais aussi juste et bienvenu, de faire payer aux adipeux le prix de deux sièges pour un seul vol.
L’avionneur low cost irlandais prend de l’air en arguant d’un élément scientifique et imparable : l'indice de masse corporelle – ce calcul mathématique qui consiste à diviser le poids par la taille au carré, histoire de mesurer l’obésité. Indépendamment de ce savant chiffrage, l’avantage du gros est qu’il est visible à l’œil nu : inutile de lui faire porter une étoile jaune, son triple menton identifie sa religion sans aucun effort de couture.
Gras double
Une chance encore que le gros ait le sens de l’humour : on a tous éprouvé le côté rigolo du large, n’est-ce pas ? Libérée de mon gras grand-père j’affirme aujourd’hui qu’ "on ne nait pas drôle, on y est contraint."
D’ailleurs si d’aventure, un gras se doublait d’un côté sinistre, il n’aurait qu’une alternative : investir dans un vélo d’appartement et consulter à loisir les destinations proposées par Ryanair.
S’il ne parvient pas à passer sous le cap critique qu’indique sa masse corporelle, qu’il utilise alors sa surface cognitive pour monter une compagnie low cost à supplément pour les minces. "A chaque effort suffit sa peine", se targuait Rosa Parks.
Qu’on m’appelle désormais Blanche Parks et qu’on se lâche enfin pour se laisser grossir ! Il suffit de manger jusqu’à plus soif, et de ne plus se plier au moindre exercice physique. Si le gros devient la silhouette standard, alors les concepteurs d’avions créeront des sièges confortables. Et on rira en cœur le temps du vol.
Blanche BAUDOUIN. (www.lepetitjournal.com) jeudi 23 avril 2009