P
eu connu il y a encore un an, Frédéric Lefebvre a su se tailler rapidement une réputation de "porte-flingue de l’UMP". Sur tous les fronts, le porte-parole de l’UMP parle beaucoup, vite, au risque parfois de déranger, ou de déraperLire aussi : Frédéric Lefebvre parle, et fait parler
(
Rédaction internationale) - Peu connu il y a encore un an, Frédéric Lefebvre
(AFP) a pourtant eu une carrière bien remplie, commencée en 1986 comme collaborateur de Gérard-Henri Mathieu, secrétaire général du groupe RPR au Conseil de Paris. Né le 14 octobre 1963 à Neuilly-sur-Seine, ce fils de médecin "
antigaulliste"a rencontré Nicolas Sarkozy dès 1981, alors qu’il était responsable des jeunes RPR de Garches. Depuis, il lui est resté fidèle : il a été successivement son attaché parlementaire, son chef adjoint de cabinet, et son conseiller. Ecarté temporairement à l’automne 2007 - pour avoir déplu à Cécilia Sarkozy, murmure-t-on à l’UMP - il se consacre à son rôle de député des Hauts-de-Seine en remplaçant à l’Assemblée Nationale André Santini, dont il était le suppléant. En mars 2008, retour en grâce : il est nommé porte-parole de l’UMP, où il peut réaliser son ambition : "
être utile à Nicolas Sarkozy". Depuis, il s'est taillé une réputation nationale de "porte-flingue de l’UMP", en misant, comme son modèle, sur une omniprésence dans les médias, et en multipliant déclarations et communiqués, faisant sienne la phrase de Franck Louvrier, conseiller en communication de Nicolas Sarkozy : "
L'art d'un porte-parole, c'est de parler sans attendre qu'on vous en donne l'autorisation".
Sur tous les fronts"
C’est les Galeries Lafayette de la politique : il est dans tous les rayons. Il fait tous les étages !"avait déclaré un député au journal Le Parisien. En effet, de la détection des comportements violents des enfants dès la maternelle à la régulation d’Internet, où "
les psychopathes violeurs, racistes et voleurs (...) ont fait leur nid", en passant par "
la nécessité de faire évoluer les règles du football", rien n’échappe à Frédéric Lefebvre. Mais son sujet favori, c’est la critique de ses adversaires politiques. Et sur ce terrain, il ne se fait pas remarquer par sa délicatesse. De Ségolène Royal, après qu’elle ait présenté ses excuses au chef de l’Etat Espagnol (
voir notre article), il dit qu’elle "
a besoin d'une aide psychologique"car "
il y a quelque chose qui tourne pas rond". Quant au journal Libération, il "
ressemble de plus en plus à un tract". Dominique de Villepin ? Il manque de dignité. Et l’élu corse Jean-Guy Talamoni ? "
il est à la limite [du terrorisme]».
Trop vite dit…La stratégie de Frédéric Lefebvre est bien rôdée : occuper en permanence les médias, en les abreuvant continuellement de communiqués, quitte à s'énerver quand ils ne les acceptent pas. Mais à parler trop vite, on perd parfois le fil. Le 28 janvier 2009, il annonçait fièrement que "
les Français font confiance au gouvernement", vantant l’efficacité du plan de relance. Quatre jours plus tard, un sondage du CSA révèle que 62% des Français pensent que le gouvernement n'est pas efficace face à la crise. Le 26 février, sur France info, il déclarait, sérieux, que "
les chiffres du chômage et les chiffres de la consommation sont à la hausse. Ces deux chiffres à la hausse (…) viennent valider la politique du gouvernement". Et début mars, alors que François Fillon annonçait la réévaluation à la hausse du déficit budgétaire, et quelques heures après l’annonce des chiffres désastreux du chômage pour le mois de janvier, Frédéric Lefebvre publiait un communiqué triomphaliste intitulé "
La stratégie du plan de relance commence déjà à porter ses fruits".
"Un côté un peu bourrin"Emmanuelle Mignon, conseillère à l’Elysée, avait dit de lui : "
il a un côté un peu bourrin". C’est ce qui fait sa force, et qui le rend si utile à l’UMP : Frédéric Lefebvre dit ce qu’il veut, quand il veut, sans s’embarrasser des formes. Mais c’est aussi ce qui agace. Dans son empressement, il lui arrive parfois de couper l’herbe sous le pied de ses camarades, publiant avant tout le monde un communiqué sur le décès d’Alain Bashung, ou annonçant certaines mesures avant l’Elysée. Certaines de ses sorties lui ont valu des critiques provenant de son propre camp. Mais qu’importe s’il est parfois à contretemps, Frédéric Lefebvre est aussi très sûr de lui : après tout, il est quand même celui qui a "
mis le holà"en Guadeloupe et fait se "
calmer"Elie Domota !
Audrey Vassalli (www.lepetitjournal.com) jeudi 23 avril 2009Pour en savoir plus : Le site de Frédéric Lefebvre 20 minutes :
Le best of de Frederic LefebvreFrédéric Lefebvre parle, et fait parler
Presque inconnu il y a encore deux ans, Frédéric Lefebvre a réussi en peu de temps à se faire connaître de tous, et détester de beaucoup. En 2009, aux Big Brother Awards - une cérémonie organisée par l’ONG Privacy International pour désigner les personnes "s’étant distinguées par leur mépris du droit fondamental à la vie privée ou par leur promotion de la surveillance et du contrôle des individus"- il a reçu le prix spécial du "bâton merdeux", récompensant "des personnages qui parviennent à occuper le débat public avec une profonde inconsistance".
Si certains sont agacés par son omniprésence médiatique, d’autres en protifent : le 19 avril, le collectif Les Anonymes, avait lancé sur Internet un appel pour "faire taire"le porte-parole de l’UMP, "pour le bien de l’humanité", avant d’avouer quelques jours plus tard s'être servi de sa notoriété de pour "attirer l'attention des grands médias"sur le combat du collectif contre la scientologie. Le porte-parole de l'UMP peut donc parler tranquille, les Anonymes ne lui veulent pas de mal. Mais l’initiative a porté ses fruits, et apporté une nouvelle preuve de l'efficacité médiatique du personnage.
Mais que ceux qu'il énerve se rassurent : dans moins de cinq ans, Frédéric Lefebvre s’en ira. Depuis ses 20 ans, il s’est "fait une promesse : arrêter de travailler à 50 ans, pour voyager, apprendre la musique". Et pour continuer à se rendre utile, peut-être, organiser "de longs voyages (…) pour repérer à l'étranger des idées utiles à notre pays". A.V. (www.lepetitjournal.com) jeudi 23 avril 2009
Pour en savoir plus : Rue 89 :
Frédéric Lefebvre n'intéresse pas les Anonymes