Mardi, 14 Février 2012

Nasser Brahimi est consultant international en communication à la FAO. Il est aussi l'auteur de deux ouvrages "Cocktail story"et "La mémoire de l'anchois". Romain depuis une vingtaine d'années, il pose un regard plein d'humour et distancié sur la ville éternelle

NasserDans quel quartier vivez-vous ?

Dans un beau pavillon avec des balcons et un jardin gazonné, tout près de Cinecittà, le quartier où est né le cinéma italien, des Vittorio de Sica, des Visconti, Pasolini, Rosi, Fellini et d’autres encore. C’est un peu à l’écart, mais très facile d’accès et entouré de verdure.

Nasser Brahimi lors de la dédicace de son livre "La mémoire de l'anchois"à la librairie française de Rome. (photo : Jeanne Accardo)

Quand et pourquoi Rome ?
Par hasard. En fait, pour retirer un prix aux Nations unies. Venu pour une vingtaine de jours, profiter du soleil et des vacances, cela fait une vingtaine d’années. Quoiqu’on pense, on n’est pas toujours maître de ses choix.

Quelles ont été vos premières impressions ?
Un crépuscule orangé sur la courbure du fleuve, une fille au charme désinvolte, des maisons irrégulières de toutes les couleurs dans un musée en plein air. Merveilleusement chaotique ! J’étais plus jeune.

Rome en une phrase ?
Celle que j’ai écrite dans mon livre "La mémoire de l’anchois": "Elle n’est pas à découvrir, elle s’offre à vous, vous interpelle, vous séduit et vous envoûte, certaine de la fascination qu’elle exercera sur vous;elle déverse ses splendeurs comme une stripteaseuse ses rondeurs et vocifère comme le plus méditerranéen des vendeurs de poissons."

Qu'aimez-vous à Rome ?
Outre la lumière, le naturel des gens du peuple. En entrant dans une alimentari (épicerie), c’est un réel plaisir d’entendre la serveuse vous répondre comme à un fils : "ce fromage sarde est un peu fort, mais c’est une merveille, goûtez-en avec de la pizza bianca et vous verrez".

Ce à quoi vous ne vous êtes jamais fait ?
Le vacarme, le désordre et l’irrespect.

Vous regrettez ?
L’air de Paris, ma ville natale.

Vos bons plans à Rome ?
Camponeschi, parfois le jeudi à Piazza Farnese, la Vineria de Campo dei fiori, La Casa del Jazz. Pour le reste, la vie culturelle à Rome est une affaire privée. Quand j’habitais à Trastevere, je me souviens que s’entendre sur une sortie était déjà un événement dans l’événement. On passait les trois quarts de la soirée à décider de ne rien décider, car mettre d’accord deux romains.... Ca durait toute la nuit avant de finir dans une Pizzeria. Ça n’a pas tellement changé depuis. 

Votre quartier préféré ?
Ma vie à Rome se déroule essentiellement entre la Pyramide et le Colisée, l’Aventin, quoi. De ce que j’appelle la huitième colline de Rome, en fait, le huitième étage de la FAO où je travaille, Circo Massimo est devenu le champs d’à côté, le Colisée, une grande arène en face du métro, le Palatin, un ancien palais en ruines. Avec le temps, on redéfinit ce qui nous entoure. Je pourrai dessiner la ligne d’horizon, les yeux fermés.

Votre mot ou expression préféré(e) en italien ?
Rincuorare qui n’a pas d’équivalent en français (c’est plus fort et plus tendre que réconforter) et lungimiranza, clairvoyance. Un mot que je déteste cautela qui signifie prudence rusée, ce qui en dit long sur une certaine mentalité.

Où sera votre prochaine escapade en Italie ?
Si le vent le veut bien, un voyage en Montgolfière.

Vous chantez avec ?
Pino Daniele, Conte, Dalla, De Gregori, Di Gaetano. À la Trattoria dell’angolo (le petit resto du coin) avec Gabriella Ferri, Nino Manfredi, etc., les chansons du folklore romain que j’adore.

Votre équipe de foot ?
Depuis le retrait de Zidane, parfois, je me demande si ce qui est pratiqué aujourd’hui - sans lui - est digne de s’appeler football. (sourire). Mais, sinon, une équipe qui m’est sympathique, c’est l’AS Roma. En mai 1984, je faisais une escale à Rome et me trouvais le soir devant un écran géant dans le Trastevere pour voir Rome-Liverpool, lors de la finale de la coupe d’Europe. Ce fut un très beau match avec prolongations et tirs aux buts. C’était l’époque des Souness, Dalglish, Ian Rush et du côté de la Roma, de grosses pointures comme Conti, Falcao, Cerezo…Une nuit folle! Le lendemain matin, le marchand de journaux de Vicolo del Moro était, fermé pour raison de deuil. Il affichait une explication sur une feuille jaune et avait écrit au gros feutre rouge, en majuscules "Graziani perché ?". Son penalty, décisif, avait fini dans les décors et offert la coupe aux anglais. Quand on sait à quel point les italiens ne savent pas perdre...

La recette italienne qui épate les convives ?
Des orrecchiette (pâtes originaires des Pouilles, rondes et creuses) cuites avec les pointes de brocolis siciliens. À servir brûlant, dans des assiettes creuses, garnies de quelques morceaux de filets d’anchois, d’huile d’olive extra vierge et d’une pincée de poivre noir.

Le plus bel endroit en Italie ?
Sa mer.

Quels conseils pour ceux qui souhaitent vivre à Rome ?
Ce n’est pas une ville faite pour les non romains. Rome n’intègre pas. Les codes de communication sont très complexes, cette ville est la sacrée particularité d’un pays qui est lui-même une « anomalie » dans le paysage euroméditerranéen. Ici, les gens sont habitués à considérer les autres comme des touristes. Ils ne parviennent pas à comprendre qu’on puisse y demeurer…si on n’est pas romain.

En repartant de Rome, quel souvenir mettrez-vous dans la valise ?
J’ignore si un jour je repartirai de Rome, même si je prolonge de plus en plus, à chaque fois que cela est possible, mes séjours à Paris. Peut-on finalement quitter Rome ? Une chose est sûre : étranger, on aura beau y vivre depuis des lustres, on n’y sera jamais que de passage.

Et demain ?
Dans mon prochain livre, Rome est présente à travers des personnages pittoresques, et très attachants à la fois, qui se meuvent entre Piazza Navona et Campo dei Fiori, le cœur de la vie mondaine de Rome. Ils n’ont qu’un seul défaut, ce sont les plus grands pique-assiettes que Rome ait connu depuis la fin de la dolce vita !

Propos recueillis par Sara Fredaigue (
www.lepetitjournal.com/rome.html - Rome) mercredi 15 avril 2009

Pour aller plus loin :
Né le 3 juillet 1956 à Paris, Nasser Brahimi est économiste de formation. Il a pratiqué du journalisme humanitaire et vécu à Alger, avant de s’établir à Rome. Il est actuellement consultant international en communication pour le développement auprès de la FAO. Il a écrit et illustré des publications conçues et réalisées sur le terrain (en Afrique, surtout) pour expliquer des projets de développement aux populations rurales pauvres.Connu comme auteur sous le nom de Nasser, il a participé à un ouvrage collectif "Cocktail Story" (nouvelle in "Beur Stories", Éditions Marsa, Paris 2004). Son dernier roman "La mémoire de l'anchois"aux éditions Bernard Gilson est sorti en septembre 2008.

La mémoire de l'anchois - La note de l'éditeur :
Images et saveurs riches en odeurs méditerranéennes

À la fois roman, pamphlet et assortiment de digressions tendres et satiriques, La mémoire de l’anchois est une œuvre inclassable d’une lecture très agréable. Il faut suivre cet anchois à travers un parcours typiquement méditerranéen comme une évasion captivante, riche en saveurs et en odeurs.

L’ouvrage retrace l’itinéraire insolite d’un parisien, de parents kabyles, qui vit à Rome depuis plus de 15 ans où il travaille en qualité de consultant des Nations Unies. Écrivain subtil et spontané, il raconte avec brio les petits et grands désirs des gens ordinaires qui ne font pas la une des journaux, mais qu’on aurait bien envie de rencontrer un jour.

Quelques portraits féminins de charme, de la tendresse, de la satire. L’auteur n’épargne pas les intellectuels en exil, il démonte certains écrivains connus comme Houellebecq et Naipaul … Même Sarkozy est présent en tant qu’expert en communication.

Pour plus d'informations, cliquez ici

Cocktail story - La note de l'éditeur (édition manuscrit.com)

L'Autorité suprême, désignée par les Privilégiés, s'était emparée du méridien de Greenwich en période de grande crise. Aux Exclus du temps, la vente ou la moindre divulgation de l'heure était vivement déconseillée, plus qu'illégale! Le Drôle, un Exclu recherché par l'impitoyable patrouille Delta s'aventure dans la City quand, devant un terminal, il aperçoit Déa, une Privilégiée aux yeux noirs en forme d'amande (salée). Sa carte magnétique venait de s'encastrer avant qu'elle n'ait pu appuyer sur la touche help (des Beatles)...

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