Le cinéma français n'a jamais autant été présent en Argentine mais il
est plus un succès d'affiches que de salles. Il doit absolument
renouveler son public
C'est une véritable déferlante de films français auquel le public argentin assiste ce mois-ci. Ce soir, démarre le festival des Avant-premières, au Patio Bullrich, entièrement consacré à la production hexagonal. Il sera inauguré en présence de Laurent Cantet, gagnant de la palme d’or du festival de Cannes 2008. La semaine prochaine, le Bafici commence, marqué, comme l’an dernier, par une très forte présence française. Et le 14 mars dernier s’est achevé le festival de Pinamar, qui comportait une douzaine de productions françaises. En 2008, 37 films français ont été diffusés dans le plus francophiles des pays d'Amérique du Sud. Ils ont généré près de 1,2 million d’entrées sur le marché argentin, contre moins d'un million en 2006. Succès incontestable pour l’industrie et la culture hexagonales?
Public argentin Question de nuances. D’abord, le succès n°1, l’an dernier, a été Taken, de Luc Besson… Tout dépend donc de la définition du film « français » que l’on retient. Puis, par ordre décroissant : Two days in Paris de Julie Delpy (près de 100.000 entrées), La Fille coupée en deux de Claude Chabrol (68.000), Dialogue avec mon jardinier de Jean Becker (64.000 entrées) et Caramel de Nadine Labaki (64.000). Il existe bel et bien un public argentin pour les films français, on l’a aussi constaté, en 2009, au Lugones, avec le succès des cycles « Alain Resnais » et « Eric Rohmer » (programmé à deux reprises pour répondre à la demande). Chez Alfa Films, distributeur n°1 de films français en Argentine, on est moins optimiste : âgé, ce public ne se renouvelle pas et, démographie oblige, il a même tendance à disparaître… Porté par les deux monstres sacrés Daniel Auteuil et Gérard Depardieu, Le Placard a attiré près de 200.000 spectateurs en 2001 ; trois ans plus tard, avec les deux mêmes têtes d’affiche, 36 Quai des Orfèvres n’en attirait que 82.000… Quant au public de Claude Chabrol, il est passé de quelque 90.000 personnes en 2001 à 72.000 en 2005 (selon les films ces deux années-là). Il faudrait donc un caractère bien trempé, sinon franchement héroïque, pour continuer à batailler en faveur de la cinématographie française en Argentine…
Offre et production. Les chiffres de fréquentation sont un aspect de la question. Certes, le ciné français n’a représenté que 1,2% des entrées en 2008, contre 2,7% en 2001. Mais il a participé à la diversité de l’offre, avec 3,5% des titres diffusés sur les écrans argentins l’an dernier. La France prend aussi part à la création locale. Par le biais du Fonds Sud, financé par le ministère des Affaires étrangères et le Centre national de la cinématographie (CNC), elle participe à la production et à la post-production d’œuvres argentines de qualité, telles que Liverpool de Lisandro Alonso, La mujer sin cabeza de Lucrecia Martel et, à découvrir durant le Bafici, Salamandra de Pablo Agüero. Et de fait, malgré des coûts de lancement jugés exorbitants (40.000 à 50.000 dollars pour quelque 15 copies et des annonces dans deux quotidiens durant une semaine), de grosses déceptions (8.000 entrées seulement pour Molière), l’absence de convocatoria des acteurs nationaux hors « vieille garde » (type Depardieu), le catalogue d’Alfa Films en 2009 sera composé de sept titres français, soit un quart de son catalogue ! Barbara Vignaux (www.lepetitjournal.com - Buenos Aires) le 19 mars 2009
Les Avant-premières A l’initiative d’Unifrance et de l’ambassade de France en Argentine et grâce au soutien financier de TV5 et d’entreprises françaises, au Patio Bullrich seront présentées du 19 au 25 mars les avant-premières de douze films français : Actrices de Valeria Bruni Tedeschi, Belle toujours de Manoel de Oliveira, Enfin veuve d’Isabelle Mergault, Entre les murs de Laurent Cantet, Jardins en automne d’Otar Iosseliani, Rumba de Dominique Abel, Le Silence de Lorna de Jean-Pierre et Luc Dardenne, Les Témoins d’André Téchiné… L’objectif est que cette initiative puisse s’auto-financer dès l’an prochain, devenant ainsi un rendez-vous pérenne de la francophonie cinématographique à Buenos Aires. Prix de l’entrée : 10 pesos. Plus d’information : www.greentaraproducciones.com/cine
|