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Depuis six ans, Pierre Gonnord, Français installé à Madrid depuis 18 ans, photographie des visages de personnes singulières et marginales. Plusieurs de ses oeuvres, appartenant aux séries Regards, Utópicos et Far East, sont visibles au musée Reina Sofia. Rencontre avec un philanthrope qui a l’œil
Pierre Gonnord (Photo: LPJ)
Lepetitjournal.com : Comment avez-vous commencé la photographie ?
Pierre Gonnord : Mes premiers clichés datent de 1999, mais je n’ai pas eu de formation photographique. Je faisais juste un peu de photo vers 15-16 ans, avec les gens de mon entourage. Après une période à Londres, je me suis installé à Madrid pour travailler, voilà 18 ans. Mais je n’aimais pas mon job. Et puis il y a eu un accident dans ma vie : quelqu’un de ma famille est décédé. Pendant un an, alors, je ne suis pas sorti de chez moi. Et puis un jour, j’ai eu envie de ressortir : j’ai pris mon appareil photo et je me suis mis à photographier des inconnus. LPJ : Vous travaillez exclusivement sur le portrait. Quels sont vos critères pour choisir vos modèles ?
P.G : C’est difficile à expliquer... c’est une impulsion. Pour moi, être photographe, c’est un alibi pour aller vers l’autre. Dans la vie, on ne peut pas aborder des gens, comme ça, dans la rue ; quand on est photographe, au contraire, cela devient possible. Mon critère, c’est simplement que mes modèles ne soient pas des gens connus. Quand il s’agit d’anonymes, c’est beaucoup plus complet, ça va beaucoup plus loin. Il n’y a pas un historique derrière le visage. LPJ : Et comment procédez-vous ? Vous marchez dans la rue et vous arrêtez les gens qui vous intéressent ?
P.G : Oui, mais quelques fois, on s’arrache les cheveux ! A Madrid, quand on regarde quelqu’un dans le métro, la personne vous sourit. A Paris au contraire, c’est très difficile. Les gens sont plus réticents. Ils vous prennent pour un fou.
LPJ : Instaurez-vous une forme d’intimité avec vos modèles ?
P.G : Au début non, parce qu’il faut qu’il y ait de la distance. Après oui. Certains sont devenus des amis. LPJ : Vous n’avez pas voulu donner de titre à l’exposition de l’Institut Français...
P.G : En effet. Pour les expositions, on vous demande toujours de mettre des titres; or dans mon travail, chaque piste est indépendante : il y a le même langage, mais les discours varient. Mon langage, c’est la photo. Donc je n’ai pas de raison de mettre un titre. LPJ : Vous avez réalisé la série Asian Portraits au Japon en 2003... Avez-vous l’intention de repartir ?
P.G : Il y a des tas de pays où j’aimerais aller. Par ordre d’importance, j’aimerais aller à Moscou et à Mexico. Ce sont deux villes fortes pour les visages, je pense qu’il y a plein de choses à y faire !
Sarah Parot. (LPJ) 23 Janvier 2006 www.pierregonnord.com
www.institutfrances.org
www.casaasia.es
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