Barak Obama sera ce soir officiellement investi président des Etats-Unis. Le contexte économique et social dans lequel il arrive au pouvoir est des plus délicat mais son élection a soulevé une vague d’espoir dans le monde entier. Y compris dans la communauté américaine vivant en Grèce. InterviewAnalyste de la diplomatie et auteur du livre
Diplomacy Lessons : Realism for an Unloved Superpower, J.Brady Kiesling s’est mobilisé en novembre dernier aux cotés de l'Association des Démocrates en Grèce pour faire élire Barak Obama qu’il considèrait alors comme un candidat historique. Alors qu’Obama va enfin entrer en fonction, Kiesling décrypte pour nous les conséquences éventuelles de ce changement à la tête de l’exécutif américain pour la Grèce et les Gréco-américains vivant ici en Grèce.
Le Petit Journal : Barak Obama et Costas Caramanlis ont déjà eu une première conversation téléphonique en décembre dernier. Quels sont selon vous les enjeux au coeur de leur discussion ? "Je n’ai aucune information privée à ce sujet mais j’imagine que cette conversation a d’abord été l’occasion d’échanger les félicitations d’usage et de formuler une invitation à venir en Grèce dès que l’agenda du président le permettra. Caramanlis sait qu’Obama est trop occupé par la crise économique pour s’intéresser aux problèmes grecs pour l’instant. Mais nul doute qu’il essaiera de rappeler à Obama, gentiment, que la Grèce a toujours été un allié fidèle. Si j’étais Caramanlis, j’aurais certainement demandé à Obama de désigner l’un de ses proches comme maillon informel de communication sur les enjeux grecs."
Quels sont ces enjeux spécifiquement grecs dont vous parlez et quelles attentes les Grecs et les Greco-américains ont-ils vis à vis de cette nouvelle administration ?"L’enjeu le plus facile à dénouer est la question de l’entrée de la Grèce dans le système américain Visa Waiver Program.Il n’y a aujourd’hui pas de raison légitime de sécurité qui justifie que les Grecs doivent demander un visa de tourisme ou business. Il y a certes un obstacle de procédure, la Grèce ayant des lois qui empêchent de partager les données personnelles exigées dans le cadre de ce programme. Mais c’est un problème qui peut se résoudre. Il n’est donc pas illégitime de la part des Grecs de penser que l’accès au programme Waiver a jusqu’ici plus récompensé les gouvernements ayant collaboré avec l’administration Bush. Espèrons que la nouvelle direction du Département de Sécurité Intérieure américain, en charge de cette question, se montrera moins rigide. L’image positive d’Obama en Grèce poussera d’ailleurs probablement l’état grec à plus de flexibilité sur le partage des données.Autre enjeu d’importance la question de l’ARYM. Les grecs aimeraient que le nouveau gouvernement américain fasse pression sur l’Ancienne République Yougoslave de Macédoine ( que les américains reconnaissent comme République de Macédoine) afin qu’ils acceptent de changer leur nom. Mais parceque les Etats-Unis ont peur pour la stabilité des balkans si le gouvernement de Skopje venait à tomber, je ne crois pas qu’Obama fera plus que de pousser à la poursuite des négociations sous l’égide de l’ONU. Le seul levier est si les Etats-Unis décident de ralentir l’expansion de l’OTAN jusqu’à ce que la Géorgie, l’ukraine et l’ARYM – pays candidats- remplissent pleinement les conditions d’adhésion.Dernier point et pas le moindre. La communauté greco-américaine est très mobilisée sur la question de la réunification de Chypres. Et tout le monde attend un signal fort de la part des Etats-Unis, comme par exemple un envoyé permanent pour Chypres. Je ne suis pas sûr que les Chypriotes aient vraiment besoin d’un tel envoyé maintenant mais s’ils le demandent, cette demande devrait être entendue. De toute façon, les Etats-Unis ont aujourd’hui moins d’influence sur la Turquie qu’ils n’en n’avaient lorsque l’Europe semblait prête à faire un pas dans la direction d’une éventuelle adhésion de la Turquie à l’Union Européenne."
Pensez-vous que ces enjeux seront pris en considération par Hillary Clinton, la nouvelle Secrétaire d’Etat? A t-elle envoyé un signal dans cette direction ?"
Hillary Clinton va faire très attention à n’envoyer aucun signal pour le moment. Sa priorité jusqu’ici était de préparer son équipe pour une confirmation en douceur de ses nouvelles fonctions par le sénat. Elle devait faire attention à ne pas être citée sur des questions susceptibles de compromettre sa nomination. Et maintenant nous pouvons observer ses déclarations pour comprendre ses intentions mais la Grèce ne sera certainement pas parmi ses priorités. L’administration Obama sera équilibrée et pragmatique mais ne vous attendez pas à une revigoration du lobby grec à Washington. Lorsque les Grecs se vantent de leur influence dans le camp d’Obama, c’est plus pour augmenter leur influence à Athènes... Ils sont d’ailleurs très attentifs à ne pas le faire en anglais !"
Propos recueillis par Adéa Guillot (www.lepetitjournal.com/athenes.html) mardi 20 janvier 2009