Écrit par Damien Bouhours
Une étude épidémiologique réalisée par des chercheurs bordelais a mis en évidence l'apparition de la maladie d'Alzheimer 10 ans avant le diagnostic traditionnel. Une avancée qui permettrait de mieux appréhender voire même de pouvoir guérir cette maladie dégénérative
Peter Falk, le célèbre inspecteur 'Columbo', est lui aussi atteint de cette maladie (photo AFP)
Les spécialistes de la maladie d'Alzheimer savaient déjà cette maladie progressive mais une équipe française dirigée par le Dr Hélène Amieva et le Pr Jean-François Dartigues (Inserm, Université de Bordeaux) vient de démontrer que son évolution était beaucoup plus lente qu'ils ne le pensaient.
Dans une étude parue dans la respectée revue médicale américaine
Annals of Neurology, les chercheurs français ont prouvé qu'il était possible de détecter les premiers signes de la maladie entre 10 et 12 ans avant son diagnostic.
Paquid, une photographie de la vieillesseLes recherches menées se sont basées sur la cohorte Paquid (contraction de "personnes âgées : quid?") qui, depuis les années 1980, a étudié les différentes facettes du vieillissement après 65 ans. Des tests ont été réalisés sur plus de 4000 volontaires habitant les départements de la Gironde et de la Dordogne et ont permis sur une période de 20 ans de constater les détériorations physiques et mentales des sujets.
Les recherches de l'équipe bordelaise se sont concentrées sur 3777 personnes suivies pendant 14 ans et dont 350 ont été progressivement atteintes de la maladie d'Alzheimer. La comparaison entre les tests effectués sur des sujets sains et des sujets malades a démontré que les fonctions neuropsychologiques des personnes touchées diminuaient de 10 à 12 ans avant que les tests traditionnels ne puissent en avérer. Plus inquiétant encore, des difficultés à effectuer des tâches simples (s'orienter, téléphoner;prendre ses médicaments) apparaissent entre 5 ans et demi et 6 ans et demi avant que la maladie ne soit déclarée.
Une prévention mais pas encore de guérisonL'utilité d'un diagnostic préventif ne fait pas l'unanimité au sein du corps médical. La Haute Autorité médicale avait fait savoir en mars dernier qu'aucun dépistage n'est actuellement recommandé pour la maladie d'Alzheimer. Bien qu'aucun traitement efficace de la maladie n'ait pour l'instant été découvert, le Pr Jean-François Dartigues souligne que les conclusions de cette étude apporte un réel espoir : "C'est 10 ans de gagnés sur l'apparition de la maladie, donc 10 ans pendant lesquels nous pourrons sans doute commencer un traitement;bien avant les premiers signes de démence". Ces chercheurs imputent en effet les mauvais résultats des traitements actuels à une utilisation trop tardive. Savoir qu'un patient est touché par cette maladie dégénérative et pouvoir le traiter avant que les lésions cérébrales n'aient le temps d'évoluer, pourrait permettre une guérison. Mais attention, comme le précise Jean-Marc Orgogozo, un spécialiste d'Alzheimer membre de l'équipe :
« Les tests neuropsychologiques sont pertinents pour une étude épidémiologique, mais pas pour un dépistage individuel ». Ce ne sera que grâce à des tests biologiques, recherchant des marqueurs propres à la maladie dans le sang ou le liquide céphalo-rachidien (disponibles d'ici 2 à 3 ans) ou encore d'équipements d'imagerie cérébrale déjà de plus en plus performants;que la maladie d'Alzheimer pourrait être détectée de façon plus précoce et ainsi, enfin pouvoir se faire oublier.
Damien Bouhours (www.lepetitjournal.com) jeudi 8 janvier 2009A lire également :
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