Le taux de césarienne a doublé en 20 ans dans
les maternités françaises. Un taux beaucoup trop élevé que dénonce
une étude de la Fédération Hospitalière de France. Entre raisons médicales
et justifications plus inquiétantes, il semble que la césarienne soit devenue
une pratique trop anodine Une étude de la Fédération Hospitalière de
France (FHF) démontre une augmentation de 50% du nombre des césariennes (20.1%
en 2007 contre 10.9% en 1981). Cette étude souligne une augmentation des
interventions « non-médicalement justifiées » avec notamment des
écarts « difficilement compréhensibles » entre les établissements, en
effet le taux oscille de 9.3 % à 43.3% selon les maternités (l’Organisation
mondiale de la santé estime le taux optimal à 15%). A lire également : Article du Journal du Dimanche, Alerte aux
césariennes inutiles
Article de Métro, Le plébiscite des
césariennes
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Un accouchement par les voies naturelles de moins en moins fréquent (Photo : Didier Pallages/AFP)
Pourquoi cette hausse ?
Selon cette étude, plusieurs facteurs rentrent en jeu. Tout d’abord au point de
vue médical, les effets de la multiplication des grossesses tardives ainsi que
de l’étude Hannah, encourageant la césarienne quand l’enfant se présente par le
siège, sont invoqués.
D’autres critères plus suspects sont mis en cause par la FHF. L’incision de
l’abdomen et de l’utérus est souvent privilégiée par les services d’obstétrique
car elle permet une meilleure organisation et un meilleur
« rendement » des services. Cette intervention est effectivement
facilement programmable les jours où le personnel est le plus présent (ce qui
évite de le solliciter le weekend ou la nuit) et plus rapide qu’une naissance
naturelle.
Les obstétriciens auraient également plus peur d’être attaqués en justice par
des patientes mécontentes : « on vous reprochera de ne pas avoir fait
de césarienne, jamais l’inverse », déclare le Collège National des
Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF). En cas de victoire du
plaignant, les sanctions sont lourdes : prison avec sursis, indemnités
pharamineuses (d’autant plus que dans le privé l’assurance est directement
contractée par le praticien).
La césarienne bénéficie d’une bonne image
Même si la césarienne peut sauver des vies, elle peut également provoquer des
troubles respiratoires chez l’enfant et comporte des risques pour la mère dont
la mortalité, bien que faible (1 cas sur 10000), est 3.5 fois supérieure à
celle d’une patiente délivrant par les voies naturelles.
Malgré ces risques, les mères demandent souvent aujourd’hui le recours à la césarienne même lorsque
cela n’est pas médicalement nécessaire pour éviter la souffrance de la naissance
mais également pour pouvoir conserver une vie sexuelle active. Les relations
intimes suivant une naissance traditionnelle peuvent rester douloureuses
jusqu'à plusieurs années après un accouchement.
Philippe Descamps de la CNGOF est donc pessimiste quant à une éventuelle diminution
de ce taux :"Je ne pense pas qu’on arrivera à faire baisser le taux
de césariennes : entre la crainte des procès et la démarche des femmes,
nous sommes pris en engrenage".
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Damien Bouhours (www.lepetitjournal.com) vendredi 12 décembre 2008