Maintenir le niveau de consommation des ménages et apporter un soutien aux entreprises : telles sont les deux directions des mesures anti-crise présentées la semaine dernière par le gouvernement italien. Des mesures attendues, qui n’ont cependant pas su faire l’unanimité
L’instauration d’une carte sociale pour les plus défavorisés, une aide financière pour les retraités et les familles en difficulté, un taux fixe pour les emprunts des particuliers, un gel des tarifs du gaz, de l’électricité, des trains et des péages : telle est la formule choisie par le gouvernement Berlusconi pour maintenir la consommation des ménages. Ces mesures, présentées la semaine dernière, s’articulent donc en plusieurs points : tout d’abord, l’instauration d’une carte sociale qui s’adresse à ceux dont le revenu annuel est très bas, c’est-à-dire environ 1,3 million de personnes. Cette carte fonctionnera comme une simple carte de crédit : son possesseur pourra régler ses achats (uniquement pour des denrées alimentaires) dans toute une série de magasins conventionnés à hauteur de 40 € par mois qui seront réglés directement par l’Etat. Délivrée depuis le début du mois de décembre, la carte est rétroactive à compter du mois d’octobre : pour les demandes faites avant fin décembre, la somme à disposition sera donc de 120 €. A partir de janvier, elle sera créditée automatiquement tous les deux mois. Dans le paquet de mesures sociales et fiscales, un aspect important concerne également une prime de 200 à 1000 euros qui sera versée en février aux familles possédant un revenu inférieur à 22.000 euros (8 millions de foyers concernés). Enfin, les primes de productivité seront défiscalisées à condition que le revenu annuel ne dépasse pas 35.000 euros. Pour relancer l’emploi et pour soutenir les entreprises, en revanche, 16 milliards d’euros destinés aux travaux d’infrastructures seront immédiatement débloqués, toutes les entreprises bénéficieront de déductions fiscales et les fonds de financement du chômage technique seront augmentés.
Des mesures jugées trop timides
La carte sociale n’a pas plu à tout le monde : immédiatement rebaptisée "carte des pauvres"par l’opposition, elle a fait l’objet de vives critiques. Le ministre de l’économie Giulio Tremonti se défend cependant d’avoir voulu stigmatiser socialement ses utilisateurs, dans la mesure où il s’agit d’une carte rigoureusement anonyme. Entre une opposition qui reproche au gouvernement un manque total de concertation et des syndicats divisés (le syndicat principal, la CGIL, appelle à la grève pour le 12 décembre), le patronat se veut plus positif, car il reconnaît qu’un premier pas a été fait dans la bonne direction. Il estime cependant que les mesures adoptées ne sont pas encore suffisantes. En fait, seule une mesure extrêmement populaire aurait permis de créer cette unanimité : la défiscalisation annoncée du treizième mois. Car contrairement à la France où le treizième mois n’est pas prévu par la loi et peut résulter d’une convention collective, d’un contrat de travail ou encore d’un engagement de l’employeur, les choses sont très différentes en Italie : la tredicesima a vu le jour en 1937 pour les employés du secteur industriel. C’est aujourd’hui un droit pour tous les travailleurs salariés. Selon Silvio Berlusconi, c’est l’énormité de la dette publique du pays qui aurait limité les marges de manœuvre du gouvernement.
Christine CORREALE. (www.lepetitjournal.com – Turin) mercredi 3 décembre 2008