Etonné par le Time Magazine qui titrait sur la mort supposée de la culture française, Adrien Gouteyron a observé les moyens que donnent la France à son action culturelle à l’étranger. Bilan
(photo Sénat)
Qu'est-ce qui vous a conduit à mener une enquête sur l'action culturelle française à l'étranger ?
Le fait déclenchant a été la première page de l'édition européenne de Time Magazine sur la mort supposée de la culture française. Je me suis dit que c'était l'occasion de regarder la situation de notre rayonnement culturel. Pourquoi tenons-nous à une action dans ce domaine ? Quelles sont nos attentes ? De qui émanent-elles ? Quels moyens y consacrons-nous et avec quels financements ? Pour tenter de répondre à ces questions, je me suis rendu au Japon, en Argentine, en Allemagne, en Pologne, en Egypte et aux Etats-Unis, et j'ai complété mes observations sur le terrain par une vingtaine d'auditions de responsables d'administrations et de personnalités du monde de la culture.
Quel constat faîtes-vous ?
Contrairement à ce qu'on dit parfois, nous consacrons des moyens très substantiels à notre action culturelle comprise au sens large : plus d'un milliard d'euros sont dépensés chaque année.Ces crédits sont très conséquents. Il suffit pour s'en persuader de comparer avec nos partenaires : le budget total de l'Institut Cervantès subventionné à 88% par le gouvernement espagnol atteignait 89,4 millions d'euros en 2007. L'Allemagne a consacré 680 millions d'euros à son action culturelle dont 180 millions d'euros pour les instituts Goethe. Le British Council disposait quant à lui de 183 millions d'euros en 2007. Nous sommes dans les mêmes ordres de grandeur. Avec 144 centres ou instituts culturels et 220 alliances françaises dirigées par un agent de l'Etat expatrié (sans compter les 255 autres alliances françaises qui bénéficient de financements de la part des postes à l'étranger), la France s'enorgueillit d'avoir le plus grand réseau du monde. Cela représente presque quatre centres culturels ou alliances françaises par pays où la France est présente diplomatiquement.
Le nombre de centres culturels a pourtant diminué ces dix dernières années.
Oui, la période est à la stabilisation voire à la contraction des moyens. Nous sommes passés de 173 centres ou instituts culturels en 1996 à 144 en 2008.
Peut-on mesurer le rayonnement culturel français ?
C'est très difficile à cerner faute d'indicateurs de performance. Quelques chiffres devraient nous inciter à la modestie : bien qu'il s'exporte bien - juste après le cinéma américain -, le cinéma français ne représente que 1,8 % du marché britannique contre 67 % pour le cinéma américain, et 2,9 % du marché italien contre 55 % pour les Etats-Unis. La langue française est certes parlée dans le monde entier mais elle est enseignée de plus en plus en troisième langue ou comme une « langue de niche » grâce aux sections bilingues. Il faut enfin noter le contraste entre l'ouverture internationale de la scène artistique française et la faible présence des artistes français à l'étranger.
Propos recueillis par www.expatries.senat.fr (www.lepetitjournal.com) lundi 24 novembre 2008
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