Dimanche, 12 Février 2012
Avec La meilleure part des hommes, Tristan Garcia réinvente les années 80, via le parcours de quatre personnages liés à la lutte contre le sida. Il vient de recevoir le Prix de Flore pour ce premier roman

Un premier roman à 27 ans, et un prix de Flore : beau démarrage ! (photo Hélie Gallimard)
Pour la première fois en 15 ans, le Prix de Flore a été remis cette année à l'unanimité et au premier tour. L'heureux lauréat de la distinction la plus branchée de France est un jeune homme de 27 ans, Tristan Garcia, pour La meilleure part des hommes.  
Il s'agit d'un roman historique, puisqu'il retrace une époque que l'auteur n'a pas connue et s'enracine dans les années 8O. Une narratrice, journaliste à Libération, raconte les parcours symptomatiques de trois de ses amis. Elle est d'abord l'éternelle maîtresse de Jean-Michel Leibowiz, un intellectuel, philosophe médiatique glissant de gauche à droite et appelé à de hautes fonctions dans les années 2000. Puis, partant du principe que "les années 80 furent horribles pour toute forme d'esprit, exception faite des médias télévisuels, du libéralisme économique et de l'homosexualité occidentale", elle est liée à deux membres de la communauté gay émergente.
Dominique Rossi est un des fondateurs de STAND, une association activiste qui lutte contre la propagation du HIV. William Miller est son amant avant que leur route ne se sépare et que l'affrontement entre les deux hommes ne tourne à l'obsession. William est un provocateur, peut-être génial mais assurément instable, qui prône le bareback (rapport non protégé) et une certaine idée de la jouissance et de la responsabilité individuelle.

Miroirs déformants
Le projet de Tristan Garcia est de haute ambition. A travers ces quelques figures, il saisit les spécificités, les revirements d'une période de notre histoire récente. Tout ou presque y est morale et politique, déroute de la pensée et de l'engagement. Aux yeux de l'auteur, l'époque apparaît fébrile, agitée de spasmes contradictoires, mais surtout de luttes dérisoires qui se prolongent dans les décennie suivantes. Les pages les plus réussies ne sont pourtant pas celles qui tentent une histoire de la vie intellectuelle mais celles consacrées au personnage complexe de William. Avec lui, Tristan Garcia touche à la fois à la farce, à l'exaltation et au pathétique.Or, derrière le masque fragile de la fiction se tient l'ombre goguenarde et perruquée de feu Guillaume Dustan. Cette ambiguïté est une posture funambule. C'est tout le charme, toute l'énergie du roman. Toute sa fragilité aussi.
Les référence sont énormes, évidentes, omniprésentes. Finkielkraut s'est reconnu en Leibowiz. STAND est un pseudo d'ACT UP qu'a bien fondé Didier Lestrade. On peut légitimement douter du procédé, trouver inutile et malsain cet emploi d'un réel qui ne dirait pas son nom.
Pourtant ne reste des modèles qui ont inspiré La meilleure part des hommes que ce qu'ils nous ont laissé de public. Sur leurs traces, Tristan Garcia est romancier, avec un bonheur inégal mais avec punch et courage.
Jean Marc Jacob.  (www.lepetitjournal.com) vendredi 14 novembre 2008

La meilleure part des hommes, Tristan Garcia (Gallimard),306 pages, 18,50 euros

Entretien vidéo et extraits:
http://www.gallimard.fr/rentree-2008/index1.htm