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ROMAN – Le grand mensonge de la maternité Suggérer par mail

Ecrit par Betty RUBY, le 14-12-2005 23:00

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En traitant des bouleversements liés à la grossesse et à ses suites qui peuvent ruiner un couple, Eliette Abécassis s’empare d’un sujet rarement traité dans la littérature. Un heureux événement raconte par le menu l’effroyable mue que devenir mère implique

Violente chronique de la maternité

"On était partis jeunes, libres et fous, on revenait en famille. On ne serait plus jamais les mêmes". Ce n’est pas de gaîté de cœur que Barbara établit ce constat, loin de là. Avoir donné la vie la plonge dans une situation sans appel : devenir mère c’est pourrir sur place… Joyeux !
À l’opposé des lieux communs sur les bienfaits d’une maternité épanouissante que l’époque nous vante, Eliette Abécassis écrit une chronique tourmentée, lucide et parfois désespérée sur la naissance d’une mère.
Les premiers chapitres de préparation à l’enfant sont assez cocasses. Celles qui ont enfanté ces dernières années y retrouveront toute la panoplie d’embarras auxquels elles ont été confrontées : quelle poussette choisir, combien de bodys, péridurale ou pas, le casting des nounous ?
Bébé broyeur d’amour
Mais après coup, le ton change. En plus des transformations physiques subies par le corps de la femme, c’est tout son équilibre affectif, social et intellectuel qui est mis à l’épreuve : le compagnon redevenant petit garçon face à sa propre mère, les combats de la Leche League, la fascination pour le bébé, le cododotage, le malaise qui s’installe dans le couple, la nouvelle vulnérabilité et l’épouvantable solitude.
Dans ce face à face avec un nourrisson, la nouvelle mère perd pied. Ses repères implosent quand son statut d’intellectuelle branchée se dissout dans celui d’animale. Aucune philosophie penchée sur le statut couple nouveau né / nouvelle mère ne peut lui venir en aide.
Archaïque silence
Pire encore, aucun membre de son entourage ne l’a mise en garde contre la période difficile qu’elle ne manquerait pas de traverser. Pourquoi ce mensonge s’insurge-t-elle ? Pourquoi ce silence autour de la cruauté de l’enfantement ?

Dans la même écriture intimiste que Mon père (1992), Un heureux événement va au-delà du seul baby blues. En disséquant tout ce qui change et comment après l’enfant, Eliette Abecassis livre un roman assez noir. Salutaire aussi pour celles dont la maternité ne tient pas les promesses espérées…
Anne LAPIERRE. (LPJ) 15 décembre 2005

Un heureux événement, Eliette Abécassis, Albin Michel, 223p, 15,9€

Six romans à offrir ou se faire offrir pour échapper aux prix littéraires
— Le plus cynique : Chasse à courre, Clémence Boulouque (Gallimard) : Même quand Frédéric Marquez tombe amoureux, il pense acheter la passion. Pas sa faute s’il vit sans l’ombre d’une émotion : il est entièrement conditionné par sa profession, chasseur de têtes. L’univers impitoyable de la finance et de la puissance s’ouvre sur un avis de décès dont on ne comprendra le sens qu’à mi-parcours. Glaçant, glacial mais splendide.
— Le plus saharien : La vie magicienne, Isabelle Desesquelles (Julliard) : En quittant le désastre de sa vie parisienne, Maxence veut trouver l’apaisement dans le Sahara. Un guide Touareg lui fait oublier le poids d’un père et d’un mari pas très sympas. Envoûtant.
— Le plus inquiétant : Où les borgnes sont rois, Jess Walter (Seuil) : Ce thriller passionnant plonge ses racines dans la cruauté enfantine des années 70 à Spokane, USA, où Eli Boyle un garçon répugnant devient le bouc émissaire de ces compagnons de bus. Le jour où il sauve la vie de Clark Mason, il l’enchaîne aussi. Un duo inoubliable sur fond de culpabilité et rédemption
— Le plus intime : A ton image, Aurélie Zarka (Farrago) – Survivre à l’absence de parents lorsqu’on est enfant est une épreuve douloureuse et à long terme. Pour ce premier roman en deux temps, la belle qualité d’écriture d’Aurélie Zarka entraîne dans un tourbillon d’émotions à fragmentation.
— Le plus ouest américain : Un as dans la manche, Annie Proulx (Grasset) : L’écriture d’Annie Proulx se situe à mi-chemin entre celle d’un Steinbeck et d’un Jim Harrison. Elle pose cette fois-ci sa poésie, et son sens de l’observation sur la Mondiale de la Couenne, une texane porcherie industrielle. Sublime galerie de personnages issus de l’Amérique profonde
— Le plus drôle : Un couple ordinaire, Isabelle Minière (Le dilettante) – Benjamin se sent soudain aussi creux que la table de salon que sa femme Béa veut lui faire choisir. Va-t-il apprendre à dire non à sa fichue bonne femme ? Savoureux. (LPJ – 15 décembre 2005)



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