Il y a quatre ans Sa Majesté le Roi Norodom Sihanouk annonçait sa retraite, une décision historique qui permettait une transition réussie avec la montée du Roi Norodom Sihamoni sur le Trône du Cambodge. Le Royaume célèbre aujourd’hui l’anniversaire de son couronnement
L’art pour passion, la politique pour raison
Né en 1953 à Phnom Penh, le Prince Norodom Sihamoni est le fils ainé du Roi Norodom Sihanouk et de la Reine Norodom Monineath. Le jeune Prince quitte rapidement le Royaume, alors en pleine euphorie du Sangkum, pour suivre de solides études à Prague. Une fois son bac en poche, le Prince, en digne petit-fils de la Reine Kossamak, se consacre à de solides études artistiques au Conservatoire national et à l’Académie des Arts. Danse, musique et théâtre, aucun art ne lui échappe, et c’est alors que sa passion le mène en Corée du Nord pour étudier le cinéma, que l’histoire le rattrape.
Nous sommes en 1976, et le Cambodge est aux mains des Khmers Rouges depuis maintenant plusieurs mois. Les nouveaux maîtres de Phnom Penh appellent les cambodgiens de l’étranger, pour l’essentiel des étudiants, à rejoindre la « mère patrie ». Un retour qui se conclura pour beaucoup dans les charniers communistes, le Prince Sihamoni, quant à lui, rejoint ses parents et son frère cadet au Palais Royal en captivité. Retenus prisonniers 3 ans durant au sein du Palais Royal, le Roi Sihanouk et ses proches échappent à la mort, les communistes seront moins cléments pour plusieurs autres membres de la Famille Royale, une vingtaine d’entre eux sont assassinés. Lorsque les troupes vietnamiennes renversent le régime Khmer Rouge, le Prince est emmené avec ses parents, et retrouve bientôt l’exil.
Aux côtés de son père qu’il sert en tant que Secrétaire particulier, le Prince participe à la renaissance du mouvement sihanoukiste, qui devient bientôt la principale composante de la résistance nationaliste. Il entame en parallèle une brillante carrière artistique à Paris qui le voit créer plusieurs productions de premier plan. Et lorsque les accords de Paris marquent la fin de plus de deux décennies de guerre civile, le Prince est choisi pour représenter le Cambodge auprès de l’ONU, puis auprès de l’Unesco à Paris. Un poste qui permet au Prince de démontrer ses qualités de diplomate, de travailler au renouveau culturel du Royaume, tout en restant éloigné des luttes partisanes qui continuent de diviser le Royaume restauré.
Une succession réussie
Lorsque le Roi Norodom Sihanouk décide de se retirer en 2004, les regards se portent naturellement vers d’autres Princes, plus médiatiques et plus impliqués dans la vie politique du Royaume, notamment le Prince Norodom Ranariddh qui préside alors l’Assemblée nationale. Si le Roi Norodom Sihanouk ne peut constitutionnellement désigner son successeur, peu ignore sa préférence pour le Prince Norodom Sihamoni. Une préférence qui est partagée par les responsables politiques du pays et par les autres membres de la famille Royale et qui conduit à un vote unanime du Conseil du Trône le 14 octobre 2005. Sacré à 47 ans au cours d’une cérémonie simplifiée, Norodom Sihamoni devient Roi du Cambodge, et s’applique depuis à appliquer les conseils que lui donnait son Père peu avant son couronnement : « rester clean, c'est-à-dire non corrompu, et à donner toujours la priorité à ceux et celles qui souffrent et qui méritent vraiment d'être secourus ».
Et si le Prince Sihamoni était encore inconnu de son peuple avant de monter sur le Trône, le Souverain a su depuis se faire reconnaître de ses sujets. Se tenant volontairement à l’écart des grands débats politiques, tout en conservant au Trône une place prépondérante dans les institutions du Royaume, le Roi Sihamoni a su adopter une attitude pieuse et humble, multipliant les visites aux plus défavorisés de ses sujets dont il a su gagner ainsi le respect et la reconnaissance. Et si aujourd’hui plusieurs grands Princes ont annoncé leur retrait de la vie politique pour se consacrer aux champs culturels et caritatifs, ils n’auront finalement fait que suivre l’exemple du Premier d’entre eux. Un Roi au service de ses sujets dans la digne tradition des Souverains Angkoriens.
(Sources Photos: Asian View Report)
Johanna Pons ( LePetitJournal.com Cambodge) mercredi 29 Octobre 2008