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Le tango mène tout naturellement à penser musique, à imaginer une danse faite de sensualité et de galanterie. La poésie des paroles des tango y est reléguée au second plan. Et pourtant elle mérite de s'y pencher ce lundi 12 décembre, jour national du tango.
"Gardelito", habillé tel un "guapo" des années 20, exprime toute la mélancolie du tango. (photo LPJ)
Tout au début de son histoire, le tango ne fut que musique destinée à égayer les maisons closes. Dans la ville de Buenos Aires le rivage sud du Rio de La Plata fourmillait de bordels qui accueillaient dans les années 1880 les nombreux marins et immigrés mélancoliques en peine de leurs familles et de leur terroir.
Les premiers tangos chantés étaient repris par des interprètes souvent illettrés et leur vocabulaire laissait vraiment à désirer, d'où le rejet horrifié de la bonne société de l'époque.
Leurs strophes décrivaient dans un langage souvent grossier le malevo (la fripouille) et le compadrito (le poseur). Ces guapos (crâneurs) étaient des hommes à femmes trop inclinés à régler leurs différents en dégainant prestement leur couteau qu'ils portaient accroché au dos de leur ceinture.
Pendant longtemps, Antonio Viergol, Luis Roldán, Pérez Freiré, les premiers auteurs connus de paroles de tangos ne traitèrent que ce thème. Vers 1920 apparut Pascual Contursi, considéré comme un des pionniers du genre et qui y introduit la narration et l'argumentaire. La particulière poésie du tango commençait ainsi son évolution. Un langage qui naît d'un mixe multiculturel Simultanément à la déferlante d'immigrants, s'ouvrirent, toujours dans la zone sud de Buenos Aires de nombreux cafetines, bistrots dansants plutôt mal famés comme le Café Sabatino, l'Almacén de la Milonga et le Viejo Bailetín del Palomar. Le texte des tangos y recueillit son savoureux langage fait d'espagnol criollo et de mots étrangers.
Il y eut naturellement une grade influence de l'italien, mais le français eut son mot a dire lui aussi, comme on peut l'apprécier dans le tango Muñeca brava (Poupée sauvage) : "Che madame que parlás en francés/ y tirás ventolín a dos manos,/ que escabiás copetín bien frappé/ y tenés gigolo bien bacán…/ Sos un biscuit/ de pestañas muy arqueadas…/ muñeca brava/ bien cotizada…" et dans bien d'autres comme ¡Ché papusa, oí!, Pompas de jabón ou Madame Ivonne. Ainsi un langage populaire aux tournures savoureuses et insolites fait d'amalgames multiculturels se développe et s'impose à Buenos Aires: le lunfardo (sorte d'argot). La nostalgie et la caractérisation de la société porteña Bientôt le tango cette musique exclusivement porteña conquiert les salons du centre de la ville et subjugue la planète entière Des orchestres se forment, la musique évolue et la rythmique des vers se modifie.
Encore aujourd'hui Astor Piazzola est critiqué par les "puristes"pour son tango "Balada para un loco" (1968) où le texte de Horacio Ferrer est subordonné au rythme innovant du compositeur. Pourtant les paroles des tangos n'ont jamais cessé de produire une poésie faite de mélancolie et de désespoir de ce qui n'est plus, de ce qui est parti, de ce qui a été abandonné. Une poésie qui chante aussi la désolation face à l'injustice de la société, face à son hypocrisie et dont "Cambalache" de Enrique Santos Discépolo est un des plus beaux paradigmes.
Marie-Anne Duportail (LPJ - Buenos Aires) - 12 décembre 2005
- Un bon recueil de tangos : " Las mejores letras de Tango " de Hector Angel Benedetti - Ed. Planeta/Booket -Prix :18 pesos - Pour écouter : Comme depuis de longues années, " Gardelito " vous chantera votre tango préféré à l'air libre ou chez vous. Tous les jours de 12 à 18h à La Recoleta (Av.Quintana et Pte. Ortiz) à mètres du café La Biéla. Tel 4804-0432
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