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ENTRETIEN - J. Peyrelevade : "La Grande-Bretagne n'est pas un modèle économique pour la France"

Ecrit par Florence LABEDAYS, le 14-10-2008 00:01

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En marge d’une conférence organisée par le MoDem UK, lepetitjournal.com a interrogé Jean Peyrelevade sur la crise financière actuelle et sa perception de la Grande-Bretagne. Ancien président de Suez et du Crédit Lyonnais, aujourd'hui numéro 2 de François Bayrou, il nourrit son analyse de son expérience

(Photo Florence Labédays) - Jean Peyrelevade, résolument français, apprécie l'efficacité du pragmatisme britannique et regrette que la solidarité sociale française ne soit pas intégralement financée par les ménages

Lepetitjournal.com : La Grande-Bretagne est-elle le modèle économique à suivre ?
Jean Peyrelevade :
Non, je ne pense pas que l'économie française puisse se développer sur le même modèle. La performance économique de la Grande-Bretagne sur les 25 dernières années est certes supérieure à celle de la France. Les deux gouvernements Labour ont "démutualisé" le système financier ce qui a permis d'enrichir les ménages par distribution des fonds propres. Aujourd'hui, avec pragmatisme, le gouvernement nationalise et dans dix ans, toujours avec le même pragmatisme, il privatisera. Chacun de ces mouvements en France aurait entraîné des débats enflammés. La France est un pays ouvert sur l'international mais qui aimerait bien être protégé et là est certainement la raison de beaucoup de nos archaïsmes.

Que pensez vous du plan de sauvetage du gouvernement de Gordon Brown ?
Le principe de réalité a l'air de s'imposer plus vite. La vraie mesure décisive est que le Trésor garantit les prêts interbancaires. C'est très adapté à la gravité de la situation. On est devant un cas de force majeur. Un pouvoir politique digne de ce nom ne peut pas laisser s'effondrer ses banques. Je pense que le plan présenté suffira.

Qu'emprunteriez à la France et à la Grande-Bretagne pour créer un pays idéal ?
La démocratie parlementaire à la Grande-Bretagne et la solidarité sociale financée par les ménages à la France.

Que vous inspire la crise financière actuelle ?
Tout système financier qui n'est pas réglementé va à la faillite. Aujourd'hui on doit mettre en place une réglementation commune au niveau européen et mondial.

"Il faut relancer l'investissement public"

En France comme en Grande-Bretagne on parle de "punir" les coupables. Partagez vous ce point de vue ?
C'est une réflexion populiste, il n'y a pas de coupables désignés. Une fois la crise passée il faudra bien sûr réfléchir à une refonte du système de rémunération et revoir les bonus et les parachutes dorés.

La France veut profiter de la crise pour faire passer des mesures fortes. Quelles sont les mesures qui s'imposent aujourd'hui ?
La seule chose qui s'impose aujourd'hui c'est de relancer l'investissement public, puisque la situation s'est trop dégradée pour que les investissements privés prennent le relais. Il faudrait créer du jeu budgétaire.

Votre premier souvenir de Londres ?
J'avais 15 ans et je trouvais la ville sale et pauvre. Je me souviens que quelques années plus tard, lorsque je travaillais à Londres un jour par semaine, j'y faisais aussi mes courses car c'était moins cher qu'en France.

Votre lieu préféré dans Londres?
J'adore la Grande-Bretagne, j'y viens fréquemment et je connais très bien le pays, en touriste. J'étais récemment à Bath que j'ai beaucoup apprécié. A Londres, je fais les musées, je sors d'ailleurs de l'expo Hadrian au British Museum. Remarquable.

"Si je dois m'exiler, ce sera en Grande-Bretagne"

Vous choisiriez de vivre à Londres pour...?

Des raisons politiques, au moment de la guerre d'Algérie, j'y ai pensé je me suis dit : "si je dois m'exiler, ce sera en Grande-Bretagne."
J'ai eu plusieurs fois l'occasion de venir travailler à Londres notamment avant de prendre la direction du Crédit Lyonnais. Peut-être que j'aurais dû ! (sourire) Mais je n'ai jamais été tenté d'y venir pour l'argent.

Vous préférez vivre en France parce que... ?
Je suis français ! Le niveau des inégalités de revenu est beaucoup plus élevé en Grande-Bretagne et personnellement je préfère vivre en France.
Propos recueillis par Florence LABEDAYS. (www.lepetitjournal.com - Londres) mardi 14 octobre 2008


CONFÉRENCE - Les  mesures gouvernementales pour relancer la croissance

Quelques jours après la nationalisation partielle des banques britanniques une centaine de Français se sont rassemblés jeudi dernier à l'initiative du MoDem UK, du Cercle Sully et de Sciences Po Alumni UK. Thème de la rencontre : "Les  mesures gouvernementales pour relancer la croissance en France et en Grande-Bretagne". L'invité d'honneur était Jean Peyrelevade, vice-président du MoDem qui reprend son chapeau d'économiste pour présenter la thèse de son dernier ouvrage Sarkozy : l'erreur historique (Plon, 2008).
Un pamphlet qui vise à démontrer que Nicolas Sarkozy "va contribuer avec l'énergie qui le caractérise à détériorer l'économie française". Son erreur de diagnostic sur la nécessité d'augmenter le pouvoir d'achat ne permet pas de relancer la compétitivité de l'appareil productif français, argumente Peyrelevade. Père de la rigueur dans les années 80, l'économiste préconise aujourd'hui de progressivement transférer des points de croissance des ménages vers les entreprises.

Pragmatisme et insularité
Autour de la table Michel de Fabiani, président du Cercle économique Sully, vice-président de la Chambre de commerce franco-britannique, Gérard Tardy, président du Cercle d'Outre-manche et Olivier Cadic, représentant des français à l'étranger se sont accordés à reconnaître à la Grande-Bretagne son "attractivité" économique. Une Grande-Bretagne qui ne s'encombre pas d'idéologie mais choisit l'empirisme et puise sa force dans son pragmatisme et son insularité. Même si Londres, place financière presque offshore, laisse l'économie domestique dans l'ombre, selon les intervenants. La Grande-Bretagne profite d'une fiscalité plus légère pour les entreprises et les ménages, au détriment de la qualité du service public et au prix d'une très grande inégalité sociale. Un constat qui unit le panel et son jeune auditoire manifestement séduit.
Florence LABEDAYS. (
www.lepetitjournal.com - Londres) mardi 14 octobre 2008


Vos réactions (1)
Posté par Jean, le 14-10-2008 12:31
Conference
Conference tres interessante. J'ai ete pour ma part seduit par le constat de Jean Peyrelevade sur la necessite d'accroitre la capacite productive de la France. Merci au MoDem de nous montrer une autre voie a suivre que la droite de Sarkozy ou la gauche  
 
Juan
 
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