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ROMAN - Les fragments de Bayon Suggérer par mail

Ecrit par Betty RUBY, le 08-12-2005 23:00

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Les Pays immobiles de Bayon se présente comme un recueil de fragments, une succession d’extraits de livres impubliables. Les 22 parties qui construisent l’ensemble proposent un voyage d’une beauté trouble, lyrique et monstrueuse

Plume culte à Libé, Bayon recycle son énergie dans une logique de collages (Photo Grasset © Dumas)

Ni roman, ni nouvelles, Les pays immobiles de Bayon se définit lui-même comme une réponse à la question "Tu écris ?".  Il s’agit donc de textes d’origines variées, extraits de livres non aboutis ou non publiés parce que de nature à troubler l’ordre public de l’entourage de l’auteur. Parmi ceux-là, on trouve notamment Jean Marien, consacré à un frère suicidé.
Le rapprochement de ces textes relève d’une logique de collages. Bayon brosse pourtant un autoportrait, morcelé mais très cohérent, dans la diversité même de ses climats, de ses lieux et de ses humeurs.
Depuis de nombreuses années Bayon est une des plumes cultes de Libération, côté Gainsbourg, côté rock, ou côté cinéma de seconde zone. On retrouve son énergie coutumière dans la noirceur flambeuse de son écriture littéraire.
En éclats
De son enfance africaine, il fait remonter des moiteurs coloniales pleines d’alcool et de sexualité. Les souvenirs de Fées donnent lieu à des descriptions à la fois fiévreuse et clinique d’échanges charnels. Les historiettes anecdotiques succèdent à des visons plus somnambuliques et hallucinées.
Au Togo, dans une rue parisienne ou dans le crachin breton, un même écorchement contenu lie l’ensemble. Bayon n’étale pas la souffrance, n’expose pas de mal de vivre nombriliste. Il le laisse plutôt transpirer et diffuser sous les éclats de plume, sous le lyrisme ou la monstruosité de certains portraits.
Parmi les 22 parties qui composent Les Pays immobiles certaines laissent des traces plus durables. Ainsi, Toi tu es gros, tu es con raconte comment Bayon et son frère infligeaient des sévices à un garçonnet immonde. En quelques pages se dresse alors, au-delà de la cruauté enfantine, un saisissant procès verbal de nos pulsions sombres et de la brutalité complexe de l’ordre du monde.
Jean Marc Jacob. (LPJ) 9 décembre 2005

Les Pays immobiles, Bayon, Grasset, 295 p, 18 €

Également en  librairie : Christophe Honoré, Franck Pavloff, Lydie Salvayre
Le pont de Ran-Mositar, Franck Pavloff (Albin Michel) : Le pont de Ran-Mositar est un roman sur l’après de la guerre. Dans un pays fictif évoquant la Bosnie, un homme traverse le chao à la recherche d’un autre ; des femmes tentent de survivre en reconstruisant le pont reliant deux rives déchirées l’Est et l’Ouest, la montagne et la plaine, les Chrétiens et les Musulmans. Après Matin brun, Franck Pavloff fait des miettes violentes du monde un roman frappant. S’il tient parfois ses personnages un peu à distance, c’est pour mieux en saisir l’hébétude.
Le livre pour enfants, Christophe Honoré (Editions de l’Olivier) : Christophe Honoré n’est pas uniquement cinéaste (17 fois Cécile Cassard, Ma mère). C’est aussi un écrivain de plus en plus intéressant. Le livre pour enfant est un récit protéiforme, un autoportrait à facettes mêlant l’enfance, la famille, les écrits inachevés et le compte-rendu quotidien d’un tournage. Malgré l’aspect éclaté de la forme, l’auteur y parle droit, visiblement guidé par un grand souci d’honnêteté. Les souvenirs et les échos actuels de la mort de son père sont souvent abrupts, mais particulièrement troublants.  
— La méthode Mila, Lydie Salvayre (Seuil) : Parce qu’il récupère sa mère grabataire, le narrateur s’en prend à Descartes. Comment, s’insurge-t-il, maîtriser la raison quand la vraie question est de supporter déchéance et atermoiements maternels ? Doit-il ou non la trucider pour vivre mieux ? La réponse ne viendra pas de la philosophie mais de Mila, une exotique voyante. De ce sujet à priori guère joyeux, Lydie Salvayre fait un roman tordant dans une langue très orale et tonique. Francs éclats de rire garantis ! (LPJ – 9 décembre 2005)



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