| Ecrit par Simon Agez,
le 03-10-2008 00:00
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Van Molyvan était la semaine dernière l’invité du Centre Culturel Français. Architecte renommé, urbaniste reconnu, l’ancien président de l’ASPARA incarne à lui tout seul une conscience cambodgienne aujourd’hui bien malmenée. Retour sur une icône nationale. L’architecte du Sangkum Une des rares personnalités du Cambodge à faire l’unanimité, Van Molyvan a avant tout été le principal maître d’œuvre du régime du Sangkum Reastr Niyum. Mandaté par le Prince Norodom Sihanouk, alors chef du gouvernement, l’architecte a orchestré avec brio le renouveau architectural et urbain du Cambodge. Le Royaume, tout juste indépendant, marque alors les esprits, des experts Singapouriens viennent observer, si ce n’est copier, le développement urbain de la capitale. Symbole de cette volonté de concilier passé et présent, le Monument de l’Indépendance rappelle la principale tour du complexe d’Angkor Wat. Mais le monument, encore admiré aujourd’hui, n’est qu’un exemple parmi d’autres des réalisations des équipes de Van Molyvan : théatre national, conseil des ministres, mais aussi le Stade olympique, alors le plus grand édifice de la région. On pourrait encore citer le « building blanc » et le « building gris » réalisés dans le cadre de l’aménagement du Tonlé Bassac. Ces deux bâtiments sont très représentatifs de l’œuvre de Van Molyvan, très proche de celle de Le Cordusier, avec en toile de fond une volonté de développement social, le peuple doit accéder à la propriété.
Un « vieux Monsieur » toujours sur le devant de la scène Dire que l’héritage du Sangkum a été malmené est un euphémisme. Dans le domaine architectural, hormis le Monument de l’Indépendance, la plupart des édifices réalisés sous l’égide de Van Molyvan ont aujourd’hui disparus ou sont méconnaissables. Plus encore que les soubresauts de l’histoire qui n’ont pas épargné le vieux Royaume, c’est la volonté délibérée et irréfléchie des promoteurs immobiliers qui aura eu raison de l’œuvre de Van Molyvan. Revenu au Cambodge dans la foulée des accords de Paris (1991), Van Molyvan devient ministre d’état à la Culture et à l’Aménagement du territoire au sein du gouvernement de coalition. A nouveau aux commandes, l’architecte a de grandes ambitions pour le Cambodge et sa capitale, aidé en cela par une équipe de la ville de Paris. Des lois sont votées et des institutions sont fondées pour mieux encadrer le développement urbain du Cambodge renaissant. Mais les intérêts privés sont trop forts, et la voix de la sagesse, qu’incarne Van Molyvan, n’est plus écoutée par des décideurs trop pressés.Un dernier mandat à la tête de la nouvellement créée Autorité ASPARA* permettra à ce grand monsieur de terminer sa carrière publique sur une note très positive, les visiteurs du Parc Archéologique d’Angkor peuvent en témoigner. Témoin de son temps, Van Molyvan n’a depuis guère changé de discours, s’élevant contre les développements inconsidérés autour de « son » Stade Olympique, tonnant plus récemment contre la disparition du lac Boeung Kak. Et si les autorités ont, semble-il, décidé d’ignorer cette (grande) voix discordante, l’affluence enregistrée lors de la dernière conférence du « maître » prouve que bientôt d’autres prendront la relève. Espérons-le du moins. Simon Agez (www.lepetitjournal.com Cambodge) vendredi 3 octobre 2008
*Autorité pour la Protection, la Sauvegarde et l’Aménagement de la Région d’Angkor, créée en 1995 Les Cités Khmères Modernes - Vann Molyvann, des editions Reyum - En vente au 47 rue 178, Phnom Penh
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