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SEMAINE FRANÇAISE - "Saint-Exupéry, pilote, a été injustement critiqué" |
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mercredi 01 octobre 2008 |
François Eldin, ancien directeur de la filiale Air France en Argentine et président de l’amicale Air France du pays, donnera ce soir une conférence à l’Alliance Française en compagnie de Ernesto Schoo, journaliste à La Nación, et Pierre Sorgue, journaliste à Géo, sur Saint-Exupéry. Cet évènement marque le début de la semaine française de Buenos Aires. Interview.
(François Eldin / LPJ)
Le Petit Journal : Comment vous êtes-vous passionné par l’histoire de l’Aéropostale ? François Eldin : Un peu par hasard. Je désirais voyager afin de garder un contact avec l’Argentine, pays que j’ai découvert pendant mes études. J’ai donc entamé une carrière à Air France comme responsable de la communication : c’est ainsi que, petit à petit, je suis devenu un spécialiste de l’histoire de l’Aéropostale. Mais je n’éprouve pas pour l’avion des émotions que certains ressentent. Un effet de la banalisation peut-être. Saint Exupéry décrit une scène d’un village en Argentine où il est séduit par le sourire d’une demoiselle. Ce sourire l’émeut et il tente de le déchiffrer. «Une fois que j’avais compris la mécanique du sourire, mon émotion avait disparu ». Je pense que j’ai trop fréquenté les rouages de l’aviation pour en être réellement marqué.
Le Petit Journal : Sous ses airs bonhomme, vous surnommez Antoine de Saint-Exupéry l’aviateur-aventurier, pourquoi ? François Eldin : L’aventure était dans son caractère : défricher, avancer, faire avancer les choses. Dans le fond, Saint Exupéry était plus aventureux que Mermoz, il était moins carré, moins calculateur mais plus enthousiaste et impulsif. L’aventure était le lot quotidien des aviateurs de l’époque : il suffit de lire Vol de Nuit pour s’immerger dans ce monde à risques. Plus tard, au moment de l’ouverture des vols de ligne, Saint-Exupéry ne sera pas appelé comme pilote mais entrera au service de la propagande de la compagnie. Car le temps des défricheurs était alors terminé : on cherchait désormais des pilotes dont la priorité est la sécurité. Les aventuriers avaient fait leur temps.
LPJ: L’Argentine a-t-elle marqué Saint-Exupéry? F.E.: Non je ne crois pas. Dans son recueil Lettres à ma mère, il explique à sa maman que l’Argentine est un pays intéressant mais que le paysage est uniforme, il était las de la pampa ! Certes, il a rencontré son épouse à l’Alliance française mais celle-ci était du Salvador et vivait en France.
LPJ: Qui préférez-vous : le pilote ou l’écrivain ? F.E.: L’écrivain sans nulle doute. Il a marqué son époque et a inspiré de nombreux adolescents… comme moi. Je me souviens particulièrement du passage d’un livre : « On va toujours vers où on pèse » écrit Saint-Exupéry en prenant l’exemple d’un ruisseau que l’homme essaie, en vain, de détourner de son chemin. Derrière cela, Saint-Exupéry exhorte aux hommes d’apprendre à se connaître et d’exploiter ce qu’ils sont plutôt que de chercher à être quelqu’un d’autre. Mais je respecte aussi le pilote. Il a été beaucoup critiqué, à mon avis, injustement. Les gens ne comprennent pas que l’on puisse être excellent dans des domaines bien différents.
Propos recueillis par Caroline Béhague (www.lepetitjournal.com - Buenos Aires) le 1er octobre 2008 |