| Ecrit par Sara Fredaigue,
le 02-10-2008 00:00
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Encensée par l’écrivain Paul Auster lors de la publication de son premier roman "Voix sans Issue", Céline Curiol sera au Centre Saint Louis de France le 6 octobre pour en présenter sa traduction "Ultima chiamata". Elle revient sur la genèse de ce roman et la nécessité d’explorer différents genres littéraires. Rencontre. Céline Curiol (© David Boratav)
Le Petit Journal : Quel est la genèse de Voix sans issue ? Céline Curiol : Il y a quelques années, j’avais écrit une nouvelle. Elle parlait d’une femme assise sur les bords de Seine qui tenait des propos incohérents. Un jour, je suis tombée sur ce texte. J’ai trouvé qu’il y avait quelque chose d’intéressant, de mystérieux. Je souhaitais montrer pourquoi elle en était arrivée là. Parallèlement, j’ai beaucoup voyagé en France en utilisant le train. J’ai développé un attachement particulier pour les gares. Il s’y passe toujours quelque chose. J’ai donc pensé à ce personnage qui travaillait à la SNCF. Cela m’intéressait de traiter de l’anonymat et de l’amour obsessionnel. Je souhaitais montrer que la vie doit se poursuivre même si l’objet de cet amour n’est pas accessible.
Dans "Permission", votre second roman, vous allez sur le terrain de la science fiction en présentant l’histoire d’un homme évoluant dans le monde kafkaïen d’une ONG et qui découvre la portée du roman. Dans "Route rouge", vous vous essayez au récit de voyage. Est-ce important pour vous d’explorer différents genres littéraires ? Oui, je trouve intéressant de se donner des sortes d’enjeux, des contraintes. J’aime l’idée de tester ses propres compétences. Dans "Permission", me mettre dans la peau d’un homme me plaisait. En tant que femme, serais-je capable de le faire ? En Sierra Leone, je n’avais pas prévu d’écrire. L’idée du livre a ensuite dicté la forme. Pour moi, tester différents genres est un moyen de faire évoluer mon écriture, de développer de nouveaux outils littéraires, de découvrir de nouvelles formes. Tenter d’améliorer son écriture est une recherche perpétuelle. Dans le mensuel "Lire", Paul Auster a dit de votre roman "Voix sans issue" qu’il nous "offre une image lumineuse de la société française en général - une France nouvelle, celle de ce 21e siècle commençant" Vous reconnaissez-vous dans cette citation ? Oui et non. Ce serait exagéré de dire que le livre parle de la société française. Il y a toute une partie des français qui ne vivent pas en ville mais en zone rurale. Voix sans issue représente plus la société française parisienne. La diversité des rencontres, l’écart qui peut exister entre mode de vie et niveau de vie sont des aspects qu’on retrouve dans une ville. Mon livre reste néanmoins un roman et mon but n’était pas de faire une représentation sociale de la France du XXIème . Depuis quelques années, certains milieux littéraires crient la fin du roman. Pensez-vous qu’il faille le réinventer ? Le roman se réinvente tout seul. C’est une forme qui autorise pratiquement tout. Si on a le sentiment qu’on arrive à une certaine limite, c’est parce qu’on n’a pas trouvé de nouveaux écrivains. Aujourd’hui, beaucoup de romans sont publiés. On assiste à une surenchère des maisons d’édition. En favorisant la littérature de divertissement, on ne va pas forcément favoriser des auteurs qui essaient de faire évoluer la forme du roman. Propos recueillis par Sara Fredaigue (www.lepetitjournal.com - Rome) jeudi 2 octobre 2008 La quatrième de couverture de "Voix sans issue" (ed. Actes Sud) et d'"Ultima chiamata" (ed. Nottetempo)
Elle vit à Paris et travaille à la gare du Nord. Invisible, elle annonce l'arrivée des trains, les horaires, les départs et les voies, accompagne les séparations ou les retrouvailles. Quand elle rentre chez elle, seule, c'est pour attendre l'appel de l'homme qu'elle aime. Un soir d'ivresse, ils se sont embrassés, mais l'homme est amoureux d'un Ange. Quand elle sort de son appartement à la nuit tombée, c'est pour tuer le temps dans les rues de la ville, dans des quartiers dangereux, des boîtes et des cafés où la beauté est encombrante. Lentement elle interpelle celui qu'elle aime. Lentement il vient à elle. Par-delà l'histoire d'une obsession amoureuse, Céline Curiol confronte l'intime et l'anonyme, la souffrance de l'âme et la réalité urbaine, pour donner du monde contemporain une remarquable vision compassionnelle. Les dates de ses déplacements en Italie : Céline Curiol sera à Rome le 6 octobre au Centre Saint Louis de France. Elle passera ensuite à Turin (8 octobre) et Milan (9 octobre).
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