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BRESIL– Ascension sociale à tous les étages !

Ecrit par Laurent Guérinaud, le 14-10-2008 00:00

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20 millions de Brésiliens sont sortis de la pauvreté ces deux dernières années, 164 deviennent millionnaires(1) chaque jour, et la moitié de la population du pays appartient maintenant à la classe moyenne(2). Aujourd’hui, au Brésil, toutes les catégories sociales profitent du dynamisme de l’économie

Chaque jour, le Brésil compte 164 millionnaires de plus ! - © Laurent Guerinaud Photography

Depuis quelques mois, tous les médias en parlent : la classe moyenne est devenue majoritaire au Brésil. La classe C(2) regroupe en effet maintenant 50% de la population(3). Les classes les plus pauvres (D et E) ne représentent plus que 39%, contre 51% en 2005. En fait, l’ensemble des catégories sociales ont vu leur situation s’améliorer : le salaire moyen est passé de 1.784 réais en 2002, à 1.956 en 2008, soit l’équivalent de 1.500 euros en parité de pouvoir d’achat(4).
La pauvreté a incontestablement régressé, le pourcentage de personnes vivant sous le seuil de pauvreté(5) étant passé de 37 à 25 en 2 ans. A titre de comparaison, il était de 12% en France en 2005.
Ainsi, les inégalités se réduisent : l’indice de Gini(6) qui mesure les inégalités sur une échelle de 0 à 1 est passé de 0,62 en 2002 à 0,56 en avril 2008. Ce chiffre reste élevé (il est de 0,27 en France, qui est parmi les pays les plus égalitaires) mais la tendance est initiée et les inégalités se réduisent de plus en plus rapidement.
Mais la "lutte contre les inégalités" ne fait pas partie de la culture brésilienne. Les Brésiliens, même les plus pauvres, ne font preuve d’aucune amertume envers les plus riches, qu’ils félicitent, au contraire, pour leur succès, d’autant plus que pour beaucoup c’est le résultat mérité d’un travail acharné. La réduction des inégalités est avant tout un processus d’enrichissement des plus pauvres et non un "nivellement par le bas"  comme dans beaucoup de pays occidentaux, où la croissance ralentie ne permet plus d’améliorer la situation de certaines catégories qu’en détériorant celle des autres.

La probabilité de devenir millionnaire est supérieure de 22% à celle d’être assassiné
Après avoir créé une "formule miracle" en mélangeant divers produits pour en finir avec ses cheveux crépus, Heloísa Assis, 43 ans, ancienne femme de ménage carioca, est aujourd’hui millionnaire, à la tête d’un salon de coiffure qui emploie 100 personnes. Thai Quang Nghia, 50 ans, immigré vietnamien, à la tête de Goóc, une entreprise qui fabrique des tongs à partir de pneus recyclés et réalise un chiffre d’affaire de 50 millions de réais (20 millions d’euros) par ans, a suivi le même chemin…
Ces exemples ne sont pas rares au Brésil : 60.000 personnes ont accumulé leur premier million de dollars en 2007. Aujourd’hui, 1 Brésilien sur 1.000 est millionnaire !
Des initiatives telles que l’Instituto Empreendor Endeavor se sont mises en place pour aider les potentiels entrepreneurs à transformer une idée en une multinationale prospère. Les ressources financières sont disponibles dans le pays et permettent aux créateurs d’entreprises de se financer, que ce soit par le crédit ou l’émission d’actions. En 2007, par exemple, 55,5 milliards de réais (23 milliards d’euros) ont été levés en bourse, soit 2.820% de plus qu’en 1995 ! Le volume de financement d’entreprises à crédit a augmenté de 338% sur la même période…
Toutes ces données montrent que le Brésil est aujourd’hui dans un cercle vertueux de création de richesse, dont tout le monde profite. Les entreprises croissent, embauchent et versent de meilleurs salaires. Plus riches, les Brésiliens dépensent plus et favorisent à leur tour la croissance des entreprises nationales. La boucle est bouclée et la crise mondiale actuelle ne semble pas avoir atteint ce cercle vertueux.
Laurent GUERINAUD. (www.lepetitjournal.com - São Paulo pour Santiago) Mardi 14 octobre 2008
Sources : Insee, Ipea, CPS, IBRE, IBGE, Estado SP et Veja

(1) Sont comptabilisées comme millionnaires les personnes possédant au moins 1 million de dollars en actifs financiers. Les valeurs des éventuels biens immobiliers (maisons, appartements, terrains usines ou fermes) ne sont pas incluses dans le calcul.

(2) Classe E : revenus nets mensuels inférieurs à R$ 572 (215 € / 430 € en PPA(4))
D : entre R$ 572 et 1.134 (426 € / 850 € PPA)
C : entre R$ 1.135 et 2.860 (1.075 € / 2.150 € PPA)
B : entre R$ 2.861 et 5.721 (2.150 € / 4.250 € PPA)
A : plus de R$ 5.721

(3) Les données sont différentes selon les sources, mais sont toujours proches de 50%.

(4) Les comparaisons en parité de pouvoir d’achat (PPA) permettent de tenir compte du coût de la vie. Le calcul est réalisé sur la base des indices de PPA du FMI pour 2007 en France et au Brésil. Pour faire simple, X réais dépensés au Brésil correspondent à Y euros dépensés en France en PPA.

(5) Le calcul du seuil de pauvreté est très discuté car il est difficile de fixer la limite et encore plus de faire des comparaisons car le coût de la vie est très différent selon les pays.
Au Brésil, la valeur retenue correspond à un revenu inférieur à la moitié du salaire minimum, soit R$ 207,50 (83 € / 121 € PPA).
En France, la valeur retenue est la 50% du salaire médian, soit 680 €.
Ces deux types de mesure reflètent plus l’inégalité que la pauvreté du fait que, par exemple, une augmentation du salaire minimum entraine une augmentation du seuil de pauvreté… Certains organismes fixent la limite à 1$ par jour mais on ne dispose pas de chiffres récents pour le Brésil. De plus, cette mesure ne tient pas compte des différences du coût de la vie entre les pays.

(6) Définition de l’indice de Gini par l’Insee : L'indice (ou coefficient) de Gini est un indicateur synthétique d'inégalités de salaires (de revenus, de niveaux de vie...). […] Entre 0 et 1, l'inégalité est d'autant plus forte que l'indice de Gini est élevé.
Son calcul est relativement compliqué, il est détaillé ici.

Et vous trouverez sur ce site, l’indice de la plupart des pays en 2007.
 

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