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INTERVIEW - "Paris est une ville mélancolique"
jeudi 25 septembre 2008
De passage à Buenos Aires pour la présentation de son film paris (qui sortira en mars dans la capitale), Cédric Klapisch évoque ses voyages, ses expériences à l'étranger et son regard sur sa ville natale avec Le Petit Journal.

(Cédric Klapisch / LPJ)

Le Petit Journal: Vous avez étudié puis tourné à l’étranger, ces expériences ont-elles modifié le regard que vous portiez sur votre ville natale, Paris?

Cédric Klapisch: Après avoir étudié à New-York, je suis revenu et redécouvert Paris. C’est à New-York que j’ai forgé mon oeil de cinéaste où je passais mon temps à la découper et me demander comment je pouvais la filmer. J’ai eu le même réflexe lors de mon retour à Paris. Cela sert à cela un séjour à l’étranger, c’est un nettoyage de l’oeil. A chaque fois que l’on part, on voit mieux en revenant.

Le Petit Journal: Après avoir filmé Barcelone, Londres, Saint-Pétersbourg, quel a été votre déclic pour vous décider à filmer Paris?
Cédric Klapisch: Un scénario est une boîte où l’on met plein d’idées. La première que j’ai eu pour ce film a été l’histoire que m’a raconté un ami, atteint d’une grave maladie et que l’on transportait à l’hôpital dans un état grave. Il m’a dit qu’il regardait Paris comme si c’était la dernière fois, qu’ils regardaient les autres en jalousant la chance qu’ils avaient et qu’eux ignorent.

LPJ: Des endroits de Paris ont-ils inspiré ce film?
CK: Oui, Rungis par exemple. C’est un endroit poétique: il ne pouvait pas y avoir de film sur Paris sans évoquer ce « Ventre de Paris » moderne. Je voulais également évoquer la mode, l’univers du savoir, en référence à ces intellectuels comme Barthes ou Deleuze, ou encore évoquer le rapport à la boulangerie en France. Ce regard “clin d’oeil” sur la boulangerie est né de mon rapport au voyage. La France entretient un rapport particulier avec le pain, la boulangerie mais il faut être parti pour s’en rendre compte.

LPJ: La ville où vous êtes influence-t-elle votre façon de filmer ?
CK: Oui, par exemple à Londres, je voulais qu’il y ait du vert dans l’image qui rappelle un parc. C’est ce que développe cette ville. A Barcelone, c’est le rapport au soleil et à l’ombre ou encore celui à la mer qui s’impose à la mise en scène. Ainsi, j’ai développé tout un jeu sur les volets qui filtrent la lumière. Avant de le filmer, il faut s’imbiber d’un endroit. Paris est une ville mélancolique, le spleen fait partie de son âme et les figures parisiennes sont d’une belle tristesse, d’une tristesse excitante. Je l’ai donc filmé en automne.

LPJ: Les histoires qui s’enchevêtrent dans le film résonnent comme des histoires de voisins de palier, pourquoi convoquer un casting si impressionnant pour les interpréter ?
CK: Paris développe les paradoxes : c’est à la fois une ville vieille et moderne, magnifique et banale. Juliette Binoche a un côté exemplaire qui va servir au rôle de l’assistante sociale. Et puis elle rend glamour une vie pas glamour. Des personnages de la vraie vie se glissent dans le film comme le sans-papier. Paris est l’opposition de la grandeur et de la misère. Et des acteurs grandioses représentent Paris, ce sont des acteurs monuments.

LPJ: Où habiteriez-vous si ce n’était pas à Paris ?
CK: J’adore Tokyo, le Japon mais je ne sais pas si je pourrais y habiter. J’aime bien Los Angeles également ou Montréal. J’ai une relation très forte avec l’Espagne et je trouve Barcelone très réussie. Depuis quelques temps, je découvre l’Allemagne. J’ai l’impression qu’il se passe quelque chose d’intéressant en Allemagne. 

LPJ: Et Buenos Aires?
CK: J'y suis resté trois jours et je logeais à Puerto Madero, il parait que ce n'est pas tout à fait Buenos Aires. Elle reste une ville mystérieuse, j'ai très envie de revenir.

LPJ: Où se déroulera votre prochain film ?
CK: L’univers de mon prochain film sera plus fantastique, détaché d’un lieu particulier.

Propos recueillis par Caroline Béhague (www.lepetitjournal.com - Buenos Aires) le 25 septembre 2008
 
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