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POLITIQUE - Bonne Gouvernance, petit hochet ou grande idée ? |
| Ecrit par Serge Remy,
le 24-09-2008 00:00
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L'Assemblée nationale se réunit ce matin en prélude à la formation du nouveau gouvernement, simple formalité vue l'écrasante majorité des élus PPC en son sein. Au delà d'un probable boycott de la cérémonie par les élus de l'opposition, cette séance lance une 4e législature que beaucoup espèrent marquée du signe de la "Bonne gouvernance".
" … Pour le gouvernement royal la bonne gouvernance est la condition préalable et sine qua non à un développement économique durable, caractérisé par l’équité et la justice sociale. " Ces propos de M. Keat Chhon, Ministre sortant de l’économie et des finances pourraient bien inspirer la prochaine déclaration de politique générale de l’actuel et futur Premier ministre Samdech Hun Sen. En fait, ils ont été écrits dans un rapport du Conseil du Développement du Cambodge (CDC) suggérant à l’Assemblée nationale quelques axes de travail. Ces propos ont été tenus, il est bon de le préciser, en …novembre 2004 !
Bien sûr, la séance inaugurale de la quatrième législature du Parlement en présence du roi aujourd’hui, ne sera pas le lieu de débattre des priorités que devrait privilégier le futur gouvernement pour les cinq prochaines années au Cambodge. Il n’empêche. Durant la campagne électorale, et dès connus et reconnus les résultats des élections législatives de juillet dernier, M. Hun Sen a curieusement et souvent insisté sur le concept de "bonne gouvernance". Est-ce à la faveur de la pression discrète mais insistante des bailleurs de fonds étrangers ou bien celle, plus moralisatrice, de certaines organisations non gouvernementales ? Est-ce une simple lubie ou bien l’émergence même balbutiante d’un choix politique à la fois circonstancié et stratégique ? Sans doute un peu des deux.
Si la croissance économique a marqué les dix ans passés, il est clair que tous les Cambodgiens n’en ont pas récolté les fruits. Or, la bonne gouvernance consiste également à favoriser une meilleure redistribution des richesses. Sur ce point, carton rouge. Le développement du pays est certain mais il y a de profondes disparités entre les zones rurales et urbaines, entre les provinces elles-mêmes, entre d’un côté Phnom Penh et Siem Reap et de l’autre le reste du pays. A ce déséquilibre géographique s’ajoutent des inégalités sociales. Elles ne sont pas spécifiques au Cambodge mais s’avèrent plus flagrantes dans un pays émergent.
"Bonne gouvernance" suppose aussi la lutte contre la corruption. Vaste sujet, large problème face auquel les hommes d’Etat causent plus qu’ils n’agissent. Il n’est pas de porter des accusations et de dresser des échafauds pour ceux qui se rendent coupables de telles pratiques. Le Cambodge est concerné mais il n’est pas le seul. A l’heure d’une nouvelle mandature, Hun Sen ne peut plus vraiment ignorer ce dont les élus locaux du PPC se font aussi l’écho à bas bruit; il serait opportun de juguler voire stopper, le sport national qui consiste, des échelons intermédiaires au plus haut niveau de l’Etat à détourner une partie de l’aide au développement, cela à des fins strictement privées.
« Bonne gouvernance » impliquerait aussi de hâter une véritable réforme juridique et judiciaire. Elle permettrait de contredire l’adage de Jean de la Fontaine, malheureusement vérifié chaque jour dans les tribunaux cambodgiens : "Selon que vous serez puissants ou misérables, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir." L’enjeu est de taille puisqu’il concerne au premier chef la propriété de la terre ! Sujet particulièrement sensible pour le peuple cambodgien. En la matière, les spoliations foncières gangrènent les relations sociales et entament le crédit de la hiérarchie politique, militaire et judiciaire. Les dénis de justice, même moins nombreux qu’auparavant fragilisent encore l’émergence d’un véritable état de droit.
Redistribution des richesses, lutte contre la corruption, réforme judiciaire… Quels challenges ! Est-ce pour cette raison que le futur gouvernement comptera encore plus de récipiendaires qu’auparavant ? Une sorte d’armée mexicaine avec plus de généraux que de lieutenants. On avait cru comprendre que « La bonne gouvernance » consistait également à réduire les prébendes et à resserrer l’équipe dirigeante pour, disait l’ancien futur Premier ministre, rendre plus efficace le gouvernement royal.
Allons, allons ! Les Khmers ont mis plusieurs siècles à bâtir le site extraordinaire d’Angkor. Quelques décennies ne seront pas de trop pour engager le Cambodge sur les rails de l’avenir.
Serge Remy (www.lepetitjournal.com Cambodge) mercredi 24 septembre 2008
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