Le coin DVD par Gérard CAMY
La Collection film par film (3e partie)
Il marchait dans la nuit d’Alfred Werker et Anthony Mann (1948) avec Richard Basehart, Scott Brady, Roy Roberts et Whit Bissell. Lors d'un cambriolage, Roy Martin abat un policier. Le fugitif devient l'objectif numéro un des flics du Los Angeles Police Department, mais Roy Martin semble en mesure de déjouer tous les plans mis en place pour le piéger…
Ce film noir inspiré d’un fait réel, réalisé par Alfred L. Werker, un cinéaste inconnu qui reçut quelques conseils du maître Anthony Mann mérite tout notre intérêt. Dans la veine des polars-enquêtes très « documentaires » qui sévissent à cette époque, Il marchait la nuit est une réussite indéniable. Nerveux et cinglant, il se concentre sur la recherche par les policiers de Roy Martin, petit cambrioleur plutôt élégant qui se transforme sous nos yeux en un inquiétant déséquilibré.
Le suspense fonctionne parfaitement et l’ambiance nocturne et silencieuse, sublimée par un noir et blanc violemment contrasté, est digne des plus beaux films noirs. Et si le réalisme tue tout romantisme de la pègre, les morceaux de bravoure ne manquent pourtant pas comme cette impressionnante poursuite dans les égouts et. Les acteurs sont impeccables à l’image de Richard Basehart qui campe l’instable et trouble Martin. A voir. Les Révoltés de Tod Browning (1920) avec Priscilla Dean, Wheeler oakman, Lon Chaney, Ralph Lewis, Melbourne MacDowell. Dans le quartier de Chinatown, à San Francisco, un couple dérobe de précieux bijoux. Mais ils ont des remords et décident de reprendre une vie honnête, sans se rendre compte que le diabolique chef de gang Black Mike leur a tendu un piège… Même si le mythique Lon Chaney n'est pas la vedette du film, l’histoire le place au centre de cette sombre histoire en lui faisant jouer deux rôles : le méprisant gangster Black Mike, et le servant chinois d'un enseignant de Chinatown. Priscilla Dean joue Molly, la fille d'un ancien chef de la mafia de San Francisco dont le père est forcé par Black Mike de reprendre du service. Tod Browning, spécialiste du thriller horrifique, plonge le spectateur dans une ambiance lourde et poisseuse et crée un monde peuplé de personnages troubles, douteux, inquiétants. Une fois encore le tandem Lon Chaney-Tod Browning est inoubliable. Régénération de Raoul Walsh(1915) avec Rockcliffe Fellowes, Anna Q. Nilsson, Harry McCoy, James A. Marcus. Owe, 10 ans, est un orphelin qui a grandi dans les taudis des quartiers de l'East End de New-York. Il ne connaît qu'une seule loi, celle du plus fort. Plus tard, devenu chef de bande, il s'éprend d'une assistante sociale menacée par les gangsters. D’emblée ce film de 1915 étonne par sa modernité ; Raoul Walsh, futur grand d’Hollywood, débute son film avec une première séquence à la fois douloureuse et poétique. Owen est assis seul à la table de la cuisine. Il se lève et s’approche de la fenêtre. Il regarde dans la rue. Un corbillard est stationné. Un cercueil est embarqué. Ce court montage parallèle dont le cinéaste nous gratifie est un magnifique moment de cinéma sobre et pudique, plein de retenue. Si la suite du film est plus conventionnelle, Walsh nous surprend toujours par quelques scènes stupéfiantes et sauvages. Sans reprendre complètement l’avis de François Guérif, (« Une œuvre maîtresse de l’histoire du cinéma. »), Régénération est une des belles réussites du cinéma muet.
A noter en bonus un court métrage de Griffith (1912) avec Lilian Gish : Les détrousseurs de Pig Alley Shock de Alfred L Werker (1946) avec Vincent Price Une jeune femme attend le retour de son mari soldat dans un hôtel de San Francisco. De son balcon, elle est le témoin d'un meurtre dans une chambre où l'assassin tue sa victime à coups de chandelier. Choquée, elle tombe dans le coma. Dans l'espoir d'une guérison, elle est enfermée dans un hôpital psychiatrique où rôdent d'étranges pensionnaires Entre polar et fantastique, Werker (qui deux ans plus tard fera Il marchait dans la nuit ) réussit à la fois à être inquiétant et surprenant. Surfant sur la vague du cinéma psychanalytique, il multiplie les fausses pistes, les interrogations, les personnages troubles. Un peu bavard peut-être A voir tout de même.
L’Île dans la brume de Terry O. Morse (1945) avec George Zucco, Lionel Atwill, Jerome Cowan et Veda Ann Borg. L’industriel Leo Grainger est ruiné, déshonoré et veuf par la faute de ses associés criminels, d'une pseudo-voyante et de sa secrétaire. À peine libéré de prison, il invite les coupables, appâtés par la perspective d'un trésor caché, à passer une soirée sur Fog Island, l'île dans la brume où il a trouvé refuge. Cette soirée sera celle de la suspicion, de la trahison et du meurtre… Maillon faible de cette remarquable collection « Serial Polar », L’Île dans la brume n’en reste pas moins un spectacle plutôt plaisant autour d’une thématique usée (la maison hantée transposée ici sur une île). Tiré sans malice d’une pièce de théâtre, le scénario ne s’en démarque pas beaucoup et la mise en scène ne peut pas transcender la relative lourdeur de l’ensemble. Dommage. La pépite de la semaine Dementia/ Daughter of Horror de John Parker(1955) avec Adrienne Barrett, Lucille Howland, Ben Roseman Une chambre d'un hôtel minable de Venice, près de Los Angeles. « La gamine » se réveille d'un profond cauchemar et s'empare d'un couteau, avant d'errer dans les ruelles nocturnes de ce quartier mal fâmé. Elle y croise une galerie d'odieux personnages : un ivrogne, un flic cogneur ou un obsédé sexuel. Elle se retrouve ensuite dans un cimetière où elle confronte son père incestueux. Est-ce un mauvais rêve ou le sombre délire d'une folle ?
Des acteurs inconnus, quasi amateurs, un scénario foutraque en accord avec le rêve éveillée de la « gamine », des rencontres insolites, des personnages inquiétants… Dementia/ Daughter of Horror est une de ces petites séries B que l’on regarde d’abord d’un œil distret et qui brutalement vous empoigne et vous laisse pantois, épuisé et heureux une heure plus tard. Pour Preston Sturges, ce film est « une œuvre d'art qui fouette le sang et purge sa libido. » et pour John Waters « un des plus insensés de l'histoire du cinéma. Hallucinant et hallucinogène ! » Et quand on vous dira que c’est l’unique film de l’inconnu génial John Parker, qu’il est quasiment muet et que le Bunuel du Chien andalou rôde dans les rue de LA… N’hésitez-plus. Précipitez-vous. Rareté absolue. Bonus: La version expliquée (voix off) de Dementia/ Daughter of Horror. Gérard CAMY. www.lepetitjournal.com - Monaco |