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BLANCHE DANS LA CRISE – Réagir à la pagaille |
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lundi 22 septembre 2008 |
L’hilarité est sœur de cruauté. Spontanément, on ne rit jamais autant qu’en voyant un péquin se manger le trottoir, ou un golden boy avaler son portefeuille. Bien qu’elle adore pouffer, Blanche se demande jusqu’à quel point on peut pouffer de tout
Si l'un trébuche, lesquels vont rire ? (photo AFP)Le réflexe le plus animal quand on voit quelqu’un se ficher par terre est d’en rigoler. Ca n’a d’ailleurs pas manqué l’autre soir quand un CRS en costume de bataille a voulu enjamber une barrière de rue ridiculement basse, qu’il s’y est pris comme un pied, et qu’il a basculé. D’un même incompressible élan, tous les témoins ont contenu un hoquet de rire. Bien évidemment gêné, l’homme de l’ordre s’est relevé avec un sourire penaud l’air de dire "tout va bien, ne vous inquiétez pas". A postériori, le plus inquiétant dans l’histoire reste d’avoir vu sourire un CRS. Sur le moment ceci-dit, pendant qu’il se frottait le pantalon pour le dépoussiérer ou faire circuler le sang, personne n’osait se regarder histoire d’éviter l’hilarité générale et lui épargner l’humiliation plus avant. Le temps s’était figé dans un entre-deux hésitant entre un instinct cruel et une plus civile sympathie. Puis tout le monde a repris sa route en se disant que ça ferait une bonne histoire à raconter.
Rire jusqu’au quignon ? A moindre échelle, la crise financière mondiale relève du même mécanisme. En une journée, les valeurs peuvent perdre 100 points puis remonter. Comme dans un vaste jeu, chaque acteur semble jouer des nerfs de l’autre, et de sa capacité à encaisser l’incertitude ou à verser dans la panique. Evidemment, ceux qui n’ont pas de portefeuille observent l’affolement d’un œil goguenard. Une sorte de réjouissance malveillante les anime. Un réflexe aussi jubilatoire que fulgurant. Tôt ou tard en effet arrive l’inévitable question : "et si dès fois, ce qui ne me concerne pas allait influer le prix de la baguette ? Alors ça me concernerait. Rirais-je autant dès lors ?" S’il y avait une morale à cette histoire, pensez comme je m’empresserais de la révéler. En attendant, je vous invite à regarder passer les troupeaux de CRS avec une nouvelle curiosité. Et à contempler les yoyos du CAC 40 avec moins de légèreté. Blanche BAUDOUIN. (www.lepetitjournal.com) lundi 22 septembre 2008 |