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La levée de l’état d’urgence devrait donner une bouffée d’oxygène au secteur du tourisme et rassurer en partie les investisseurs étrangers. Mais les tensions politiques récentes ont réduit à néant les espoirs de stabilisation qu’avaient suscités les élections de décembre dernier. L’économie pourrait s’en trouver affectée à moyen et long terme L’objectif de 6% de croissance pour 2008 ne sera probablement pas atteint, en partie à cause de l’instabilité politique, selon le Ministère des Finances. (Photo Jean-Louis Duzert)
Les milieux d’affaires ont été entendus. Depuis une dizaine de jours, ils réclamaient avec insistance la levée de l’état d’urgence à Bangkok. Le gouvernement par intérim a levé dimanche le décret pris par l’ancien Premier ministre Samak Sundaravej le 2 septembre dernier. A en croire les analystes, l’image de la Thaïlande commençait à souffrir sérieusement, notamment auprès des investisseurs basés à l’étranger. "Nous avons assisté à une panique injustifiée", estime François Gras, directeur adjoint de la banque d’affaires Calyon à Bangkok, qui raconte avoir reçu beaucoup de coups de téléphone affolés de l’étranger ces dernières semaines. "Les investisseurs potentiels qui ne sont pas encore installés en Thaïlande s’inquiétaient pour la sécurité, à tort. Des conférences régionales ont été annulées", regrette Nandor Van Der Luhe, président de l’Union des Chambres de Commerce étrangères. La levée de l’état d’urgence devrait également rassurer les professionnels du tourisme, inquiets à un mois du début de la haute saison (voir notre article du 5 septembre 2008 : L’industrie du tourisme inquiète à un mois de la saison haute). Les prévisions de croissance revues à la baisse Mais l’agitation politique est loin d’être terminée, l’APD (Alliance du Peuple pour la Démocratie) ayant décidé de poursuivre les manifestations tant que le PPP (Parti du Pouvoir du Peuple) serait au pouvoir. Or, la crise a déjà coûté entre 400 et 700 millions d’euros au royaume, selon l’Université de la Chambre de Commerce Thaïlandaise (UTCC). "Si elle se prolonge encore trois mois, les pertes totales atteindront 2 milliards d’euros, dont la moitié pour le tourisme. Le reste sera partagé entre les exportations, la consommation et les investissement privés", craint Phongsak Asakul, vice-président de la Bourse de commerce. Le Ministère des Finances a reconnu la semaine dernière que l’objectif de 6% de croissance pour 2008 ne serait probablement pas atteint, en partie à cause de l’instabilité politique. Les prévisions de croissance tournent désormais autour de 5%, mais les prix élevés du pétrole et le contexte international ralenti jouent un rôle prépondérant dans cette stagnation. "Les grands indicateurs économiques restent bons", souligne Jean-Pierre Verbiest, directeur de la Banque Asiatique de Développement à Bangkok. Les exportations se portent bien, avec un taux de croissance d’environ 25%, comme en 2007. Mais les tensions actuelles sont le signe que les espoirs qu’avaient suscités les législatives de décembre dernier, après un an de gouvernement militaire, ne se sont pas concrétisés. Une stagnation qui pourrait être dommageable à long terme. "Aucune des hypothèses que nous faisions en décembre ne s’est réalisée. On n’a vu ni stabilisation politique, ni accélération des investissements publics ou privés, ni retour de confiance dans la consommation", note Jean-Pierre Verbiest. "Les gens font de la gestion au quotidien, ajoute François Gras. Les transactions sont figées. Les fondamentaux sont solides, mais il y a un attentisme qui ne peut pas durer". Emmanuelle MICHEL (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html) mardi 16 septembre 2008 |