| Ecrit par Jean-Marc Jacob,
le 18-09-2008 00:00
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Emmanuelle Pagano publie Les Mains gamines, un roman troublant et fort où les violences de l'enfance scellent les oreilles et les corps Les Mains gamines n'est pas un roman confortable. Sa lecture installe même un certain malaise. Les Mains gamines est pourtant un roman magnifique qui place les sensations du corps au coeur de l'écriture. Des voix se succèdent autour de l'histoire d'une fillette abusée quotidiennement au cours de son année de CM2 par les mains des gamins de sa classe. Par tous, sauf un, Claude. Devenue adulte, elle sert dans la maison d'un de ses anciens bourreaux et consigne dans un carnet des sortes de poèmes "hard" qui fascinent la maîtresse de maison, la première narratrice du roman. Trois autres personnages viennent ensuite prendre la parole : la mère de Claude, l'institutrice désormais à la retraite et une fillette aujourd'hui au CM2.
Une bête dans la tête Une réception se prépare, une réunion des anciens de l'école. Ce n'est pourtant pas à un règlement de compte ou au solde d'un fait divers que nous convie Emmanuelle Pagano. Elle choisit plutôt d'explorer la matière interne, de gratter les sédiments du sordide et de mettre les chairs à nues. Les Mains gamines raconte une histoire que tout le monde a tue. Le silence y est assourdissant. Malgré une agrégation d'arts plastiques, l'auteure y brouille le son plus que l'image. Chaque femme est devenue sourde, parasitée, habitée d'acouphènes, empêchée de reposer par le grattement d'un loir ou frappée d'otalgie, un insecte coincé dans le conduit auditif. L'idée de cette bête enfermée dans la tête est d'une terrible puissance, comme le sont les fantasmes d'infibulation, les sexes cousus et les humeurs qui hantent ces pages féminines. La composition du roman est brillamment cérébrale. Ces éléments s'agencent au millimètre. Les voix se complètent, les oppositions sociales s'inscrivent dans le paysage, entre vignes et châtaigneraies. C'est pourtant la puissance d'émotion brute, sans démonstration ni morale qui domine et saisit à la lecture de ce roman douloureux et fascinant. Jean-Marc JACOB. (www.lepetitjournal.com) jeudi 18 septembre 2008 Les Mains gamines, Emmanuelle Pagano (P.O.L) 170 pages, 15euros
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