| Ecrit par Stéphanie Pichon,
le 11-09-2008 00:00
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L'auteure de Persepolis a fait salle pleine lundi soir à la Hau 1. Venue dans le cadre d'un débat sur l'Iran et la culture occidentale, Marjane Satrapi a donné un one-woman show décapant Marjane Satrapi au sommet de sa forme (photo. presse)
Marjane Satrapi n'est pas comédienne, encore moins politicienne. Pourtant, la femme de 38 ans qui entre sur cette scène d'un théâtre berlinois plein à craquer n'a nullement l'air intimidée. "Je suis très impressionnée que vous soyez venus aussi nombreux ce soir", dit-elle. On ne la croit pas vraiment. La créatrice de Persepolis, bande dessinée vendue à plus d'un million d'exemplaires dans le monde et maintenant film d'animation, est avant tout raconteuse d'histoires. Avec la même impertinence, désormais un peu familière, de la Marjane de la BD.
Lundi soir, dans l'écrin de la Hau 1, ce qui devait être un très sérieux débat sur "l'Iran et la culture occidentale", organisé par le Centre fédéral pour l’éducation politique, s’est vite transformé en one-woman show, un brin égocentrique mais enlevé, drôle, nature, devant un public acquis d'avance, à moitié composé par la communauté iranienne berlinoise. Mes voisins sont "venus la voir en vrai". Pas de déception de ce côté là.
Combattre les idées reçues C'est qu'elle a du caractère la Satrapi. Qu'elle soulève son bras pour renifler ses aisselles devant 500 personnes n'enlève rien à son charisme et son charme oriental - longs cheveux noirs, yeux kohlés. Plein d'anecdotes et de digressions, son discours ne perd pourtant jamais le fil d'une pensée claire, toute droite tournée vers la lutte contre la "connerie" qu’elle vienne des mollahs d’Iran ou de George Bush, "l’ignorance" et "les idées reçues", principalement du monde occidental sur les femmes, l’Iran ou le Moyen-Orient. Tout passe à l'aune de son humour acéré, mais attention, sans cynisme. "C'est devenu extrêmement cool d'être cynique. Moi je déteste ça". Autre sujet d'énervement, la justification permanente de son art. "Quand on fait de la musique, ou du cinéma, on ne vous demande jamais pourquoi vous chantez ou vous filmez. En bande dessinée vient toujours la question "pourquoi vous n'avez pas plutôt écrit un livre?". Mais j'ai écrit un livre ! La bande dessinée est un livre". Egratignant au passage le terme de Grafic novel qui a selon elle "été inventé par les éditeurs pour les gens qui avaient honte de lire de la bande dessinée", elle clame son amour pour un art qui lui permet à la fois de "combiner texte et image", le seul moyen qu’elle ait trouvé pour regarder le monde à travers le spectre de l’humour et du rire.
Les fanatiques et les autres Pour revenir un tant soit peu au thème du débat, elle fustige toute division "Est et Ouest" du monde, "déteste l'idée d'un clash des cultures", croit en une seule distinction "celle entre les ignorants et les fanatiques, et les autres". Lundi soir Marjane Satrapi a monologué sans fatiguer. Seul l'appel de la cigarette l'a arrêtée. On aurait pu conclure, grincheux, qu'elle avait encore et encore parlé d'elle, de sa bande dessinée, de son film. On préfère repartir joyeux d'avoir partagé la gouaille et l'esprit d'une femme de son temps. Loin de tout cliché. Loin de tout clinquant. Stéphanie PICHON. (www.lepetitjournal.com/berlin.html) jeudi 11 septembre 2008
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