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La crise politique que traverse actuellement la Thaïlande a débuté il y a bientôt 3 ans. Menée par Sondhi Limthongkul, un magnat des médias déçu en affaires par Thaksin Shinawatra, L’APD est bel et bien décidée à éradiquer le "système Thaksin" et propose même de mettre en place un nouveau régime politique avec un Parlement élu à 30%. Retour sur les principaux faits Réélu en 2005 (une première en Thailande) le premier ministre Thaksin Shinawatra est chassé par un coup d’État en 2006 après plusieurs mois de tumulte causé par les mouvements de protestations menés par Sondhi Limthongkul et l’APD qui l’accusent de corruption. Alors que Thaksin trouve plutôt son électorat dans les campagnes du nord et du nord-est parmi les classes défavorisées, l’APD rassemble divers courants d’opinion parmi les élites et la classe moyenne de Bangkok et dans le sud du pays. Le parti de Thaksin, le Thai Rak Thai (TRT), est dissout en mai 2007 par la Cour Constitutionnelle – sous le régime des militaires - et lui et ses lieutenants sont bannis de politique. Amputé de 111 membres actifs du TRT, la plupart anciens députés, le système Thaksin renaît malgré tout quelques mois plus tard sous la forme du Parti du Pouvoir du peuple (PPP) emmené par Samak Sundaravej. Le PPP remporte le scrutin en décembre 2007 au grand dam des militaires et forme en février 2008 un gouvernement de coalition avec cinq autres partis. Le 28 février, Thaksin fait un retour triomphal d’exil et se présente confiant au tribunal pour être entendu dans une affaire de corruption. Samak avait auparavant annoncé un projet d’amendements de la Constitution de 2007 perçu comme devant permettre de blanchir Thaksin et ses lieutenants et d’éviter une éventuelle dissolution du PPP dans le collimateur de la Cour Constitutionnelle. L’Alliance du peuple pour la démocratie (PAD), qui entend clairement déraciner le système Thaksin, se rassemble alors contre Samak, perçu comme l’homme de paille du milliardaire. (lire aussi notre article du 29 février 2008 "Thaksin de retour au pays et sommé d’y rester") Le 25 mai, l’APD lance sa campagne de manifestation contre le PPP sur le motif de la contestation au projet d’amendement, tandis que les Cours de justice enchaînent condamnations et mises en cause des membres du gouvernement Samak. A la mi-mai, le Porte-parole du gouvernement Jakapob Penkair accusé de lèse-majesté par des membres de l’opposition, démissionne pour défendre son cas. (lire aussi notre article du 26 mai 2008 "L’APD reprend du service pour en finir avec Thaksin") En juillet Yongyuth Thiyapayrat, qui avait déjà quitté son poste de Président du Parlement pour se défendre, est condamné pour fraude électorale (notre article du 9 juillet 2008). Désavoués par des Cours de justice dans des affaires différentes, les ministres de la Santé et des Affaires étrangères démissionnent la même semaine (notre article du 10 juillet et du 11 juillet 2008). Le 15, des actes de provocation par des membres de l’APD autour du temple de Preah Vihear, sur un territoire disputé par le Cambodge et la Thaïlande, déclenche un face-à-face de plusieurs jours entre les soldats thaïlandais et cambodgiens. L’APD reproche au gouvernement d’avoir laissé le Cambodge candidater au classement du temple au patrimoine mondial de l’UNESCO en remerciement de concessions accordées par le Premier ministre cambodgien à une société de Thaksin Shinawatra. (lire aussi notre article du 21 juillet 2008) Le 11 août, c’est au tour de l’épouse de Thaksin Shinawatra d’être condamnée dans une affaire de corruption. Une condamnation qui ouvre alors des perspectives de sanctions contre Thaksin lui-même, ce qui pousse le couple à fuir en Grande–Bretagne pour échapper aux nombreuses affaires le concernant. (lire aussi notre article du 1er août 2008 "Pojaman Shinawatra condamnée à 3 ans de prison" et notre brève du 13 août 2008) Le 26 août, l’APD lance l’ultime offensive. Rassemblant 35.000 personnes, elle prend d’assaut une chaîne publique de télévision et envahit l’enceinte du siège du gouvernement encore occupée aujourd’hui par près de 5.000 manifestants. (lire aussi notre article du 27 aout 2008 "Manifestations aux airs de prise de pouvoir à Bangkok" Le 29 août, des incidents éclatent entre les forces de l’ordre et les manifestants dans l’enceinte du siège du gouvernement et devant le quartier général de la police. L’APD dénonce l’usage de la force et de gaz lacrymogènes, ce qui émeut l’opinion. Trois aéroports dont celui de Phuket sont fermés en raison des manifestations. Plusieurs syndicats commencent à rejoindre le mouvement. (lire aussi notre article du 1er septembre 2008 "Le Premier ministre exclut une démission, l'aéroport de Phuket rouvert" Le 31 août, alors que les syndicats du secteur public appellent à un soutien massif au mouvement, évoquant une grève générale, Samak Sundaravej tente, en vain, de trouver une issue à la crise via le Parlement. Le 2 septembre, après des affrontements sanglants entre partisans du gouvernement et membres de l’APD, Samak Sundaravej déclare l’état d’urgence. Mais les militaires font savoir qu'ils n'useront pas de la force et joueront les mediateurs. (lire aussi notre brève du 2 septembre 2008) Le 3 septembre, le Ministre des Affaires Etrangères, Tej Bunnag, présente sa démission. Le 4 septembre, Samak Sundaravej fait savoir qu’il reste en place pour défendre la démocratie et protéger la monarchie et annonce que l’armée va tenter une approche en douceur pour obtenir le départ des manifestants. (lire aussi notre article du 4 septembre 2008 "Samak s'accroche") Le 9 septembre, le Premier ministre Samak Sundaravej est finalement forcé de démissionner par la Cour Constitutionnelle pour avoir présenté une émission culinaire à la télévision et accepté de l'argent d'une entreprise privée. Le gouvernement est également démis et n'assure plus que les affaires courantes. Les partisans de Samak Sundaravej jurent de le ramener au pouvoir. Pierre QUEFFELEC (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html) jeudi 4 septembre 2008 |