Mardi, 14 Février 2012

Depuis l’été, les sièges passagers des véhicules français se sont magistralement recouverts du gilet jaune prôné par Karl Lagerfeld et imposé par la Sécurité Routière. L’exposition victorieuse d’un tel sentiment de mortalité glace Blanche qui se rassure via l’arrivée d’un ours en peluche

Avec son allure toute châtelaine, sa chemise blanche à col haut /cravate noire, son air à tenir une laisse à dobermans, et sa paralysie faciale qui le contraint à ne jamais sourire, Karl Lagerfeld a toujours généré chez moi des frissons quasi sexuels. Aussi quand en juin, je l’ai vu s’afficher en grand format sur tous les pannonceaux routiers, j’ai lu dans son appel au jaune le sacre d’une mondanité libérée offerte à tous.
Souvenez-vous, le slogan disait "c'est jaune, c'est moche, ça ne va avec rien, mais ça peut vous sauver la vie" : glaçant ! Il était dit que le fameux gilet fluo et son triangle orange devaient coûter 3 minuscules euros dans toutes les bonnes pharmacies. Moralité, personne de ma connaissance n’a pu se le procurer à moins de 12 euros. Bah, qui voudrait chipoter quand sa vie est à sauver ?
D’ailleurs les gens sont tellement contents de leur investissement que les sièges passagers se sont d’un même élan tous mis à exhiber leur mocheté lagerfeldienne. Le gilet remplace à présent le plaid à papy à tel point que trouver un véhicule qui n’arbore pas fièrement son jaune au cul du siège avant relève en France d’un exercice de grande patience.

A quoi tient le luxe ?
C’est laid, cher, imposé, et porteur d’un message funeste mais on en est fier. Je suis certaine que si Xavier Darcos avait été l’ambassadeur du fluo, le succès eut été moindre. Comme quoi disposer dans un habitacle d’une infime tranche de luxe –celle de Karlito, suffit à se sentir plus fort. Pour se distinguer désormais, les vrais mondains n’ont pas d’autre choix que laisser négligemment trainer sur la plage arrière le Karl Bear. Le nounours à l’effigie du créateur de 75 ans sera commercialisé dans la semaine. Pour un petit millier d’euros, quelque 2.500 happy few pourront se l’arracher dans des endroits réservés. Il n’est pas dit que la peluche puisse leur sauver la vie, mais à ce niveau d’humour, on doit être immortel. Ou animé de torrides appétences sexuelles.
Blanche BAUDOUIN. (www.lepetitjournal.com) mercredi 10 septembre 2008