|
L’état d’urgence décrété hier à Bangkok ne semble pas perturber les manifestants qui campent toujours dans le siège du gouvernement pour obtenir la démission du Premier Ministre. Selon la presse locale, le fait que ce dernier renvoie la balle dans le camp des militaires ne plait pas. La pression monte sur Samak L'ambiance était bon enfant hier soir devant le siège du gouvernement malgré l'état d'urgence (Photo Pierre Queffelec)
La première journée sous état d’urgence s’est tranquillement terminée hier à Bangkok pour l’Alliance du Peuple pour la Démocratie (APD). Vers 1h du matin, des airs de guitare berçaient les quelque 4 à 5.000 manifestants qui passaient paisiblement leur huitième nuit dans l’enceinte du palais du gouvernement pour demander la démission du Premier Ministre Samak Sundaravej. Ce dernier avait pourtant déclaré l’état d’urgence hier matin après de violents affrontements à Bangkok entre partisans et adversaires du Premier Ministre qui ont fait un mort et 44 blessés. Samak a nommé le chef de l’armée le Général Anupong Paojinda à la tête d’un comité spécial chargé de mettre le décret en application, avec le chef de la police nationale et le chef militaire de région comme adjoints. Anupong a désormais le pouvoir de mettre fin à tout rassemblement et de forcer les gens de quitter tout lieu de rassemblement. L'état d'urgence interdit toute réunion de plus de cinq personnes. L'APD tient bon, Samak sous la pression Samak a tenu à rassurer le public, disant que l’état d’urgence ne perturberait pas la vie quotidienne et ne durerait pas longtemps, et aussi qu’aucun couvre-feu ne serait imposé. De plus, les manifestations devant le siège du gouvernement, limitées au centre historique de Bangkok, n’ont pas une incidence directe sur la vie quotidienne dans la capitale thaïlandaise, où la vie suit son cours. Peu après la proclamation de l'état d'urgence, le principal leader des manifestants, Sondhi Limthongkul, a exhorté ses partisans à ne pas céder. "Vous ne devez pas avoir peur de l'état d'urgence", a-t-il lancé. "Nous resterons ici", a surenchéri Pibhop Dhongchai, autre meneur du mouvement de protestation. "Le gouvernement doit décider s'il lance ou non un raid contre notre campement", a-t-il dit. Mais Samak Sundaravej, qui a exhorté hier les protestataires à évacuer les lieux, s’est montré jusqu'ici réticent à recourir à la force pour les déloger. Par ailleurs, le contre-mouvement à ces manifestations, la Democratic Alliance Against Dictatorship (DDAD), à l’origine des affrontements de la nuit de lundi à mardi, aurait établi sa tribune hors de Bangkok dans la province voisine de Samut Phrakan, selon le quotidien anglophone The Nation. Quoiqu’il en soit, il semblerait que la proclamation de l’état d’urgence ne joue pas en faveur de Samak. The Nation ce matin cite plusieurs universitaires, des recteurs et des sénateurs qui condamnent le fait que le Premier Ministre s'en remette finalement aux militaires pour solutionner le problème des manifestations. "L'état d'urgence est une mesure draconienne qui risque d'enflammer davantage la situation", déclare dans un communiqué la Commission Nationale des Droits de l'Homme. Lundi, la principale confédération syndicale, la State Enterprises Workers' Relations Confederation (43 syndicats, 200.000 membres), avait appelé à la grève générale pour aujourd’hui. Les syndicats des entreprises publiques ont menacé de couper l'eau et l'électricité aux agences du gouvernement. L’Ambassade de France maintient ses conseils de prudence aux ressortissants français et leur recommande, en particulier d’éviter les lieux de manifestation, à Bangkok (notamment aux alentours du siège du gouvernement et place Sanam Luang) ainsi que dans les villes de province. P.Q. (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html avec AFP) mercredi 3 septembre 2008 Impact sur l’économie La bourse de Bangkok a perdu hier près de 2,3% en milieu de journée - 24% depuis fin mai. Quant au secteur du tourisme, les experts sont pessimistes. Le blocage des aéroports de Phuket, Krabi et Hat Yai ce week-end et la proclamation de l’état d’urgence arrivent à un mois seulement de la haute saison pendant laquelle 30 à 40% des recettes de l'année sont générées.
|