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SOCIÉTÉ – Ascension sociale à tous les étages !

Ecrit par Laurent Guérinaud, le 03-09-2008 00:00

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20 millions de Brésiliens sont sortis de la pauvreté ces 2 dernières années, 164 deviennent millionnaires(1) chaque jour, et la moitié de la population du pays appartient maintenant à la classe moyenne(2). Aujourd’hui au Brésil, toutes les catégories sociales profitent du dynamisme de l’économie

Chaque jour, le Brésil compte 164 millionnaires de plus ! - © Laurent Guerinaud Photography

Depuis quelques mois, tous les médias en parlent : la classe moyenne est devenue majoritaire au Brésil. La classe C(2) regroupe en effet maintenant 50% de la population(3). Les classes les plus pauvres (D et E) ne représentent plus que 39%, contre 51% en 2005. En fait, l’ensemble des catégories sociales ont vu leur situation s’améliorer : le salaire moyen est passé de 1.784 réais en 2002, à 1.956 en 2008, soit l’équivalent de 1.500 euros en parité de pouvoir d’achat(4).
La pauvreté a incontestablement régressé, le pourcentage de personnes vivant sous le seuil de pauvreté(5) étant passé de 37 à 25 en 2 ans. A titre de comparaison, il était de 12% en France en 2005.
Ainsi, les inégalités se réduisent : l’indice de Gini(6) qui mesure les inégalités sur une échelle de 0 à 1 est passé de 0,62 en 2002 à 0,56 en avril 2008. Ce chiffre reste élevé (il est de 0,27 en France, qui est parmi les pays les plus égalitaires) mais la tendance est initiée et les inégalités se réduisent de plus en plus rapidement.
Mais la "lutte contre les inégalités" ne fait pas partie de la culture brésilienne. Les Brésiliens, même les plus pauvres, ne font preuve d’aucune amertume envers les plus riches, qu’ils félicitent au contraire pour leur succès, d’autant plus que pour beaucoup c’est le résultat mérité d’un travail acharné. La réduction des inégalités est avant tout un processus d’enrichissement des plus pauvres et non un "nivellement par le bas" comme dans beaucoup de pays occidentaux où la croissance ralentie ne permet plus d’améliorer la situation de certaines catégories qu’en détériorant celle des autres.

La probabilité de devenir millionnaire est supérieure de 22% à celle d’être assassiné
Après avoir créé une "formule miracle" en mélangeant divers produits pour en finir avec ses cheveux crépus, Heloísa Assis, 43 ans, ancienne femme de ménage carioca, est aujourd’hui millionnaire, à la tête d’un salon de coiffure qui emploie 100 personnes. Thai Quang Nghia, 50 ans, immigré vietnamien, à la tête de Goóc, une entreprise qui fabrique des tongues à partir de pneus recyclés et réalise un chiffre d’affaire de 50 millions de réais (20 millions d’euros) par ans, a suivi le même chemin…
Ces exemples ne sont pas rares au Brésil : 60.000 personnes ont accumulé leur premier million de dollars en 2007. Aujourd’hui, 1 Brésilien sur 1.000 est millionnaire !
Des initiatives telles que l’Instituto Empreendor Endeavor se sont mises en place pour aider les potentiels entrepreneurs à transformer une idée en une multinationale prospère. Les ressources financières sont disponibles dans le pays et permettent aux créateurs d’entreprises de se financer, que ce soit par le crédit ou l’émission d’actions. En 2007, par exemple, 55,5 milliards de réais (23 milliards d’euros) ont été levés en bourse, soit 2.820% de plus qu’en 1995 ! Le volume de financement d’entreprises à crédit a augmenté de 338% sur la même période…
Toutes ces données montrent que le Brésil est aujourd’hui dans un cercle vertueux de création de richesse, dont tout le monde profite. Les entreprises croissent, embauchent et versent de meilleurs salaires. Plus riches, les Brésiliens dépensent plus et favorisent à leur tour la croissance des entreprises nationales. La boucle est bouclée et la crise mondiale actuelle ne semble pas avoir atteint ce cercle vertueux.
Laurent GUERINAUD. (www.lepetitjournal.com - São Paulo) jeudi 4 septembre 2008
Sources : Insee, Ipea, CPS, IBRE, IBGE, Estado SP et Veja

(1) Sont comptabilisées comme millionnaires les personnes possédant au moins 1 million de dollars en actifs financiers. Les valeurs des éventuels biens immobiliers (maisons, appartements, terrains usines ou fermes) ne sont pas incluses dans le calcul.

(2) Classe E : revenus nets mensuels inférieurs à R$ 572 (215 € / 430 € en PPA(4))
D : entre R$ 572 et 1.134 (426 € / 850 € PPA)
C : entre R$ 1.135 et 2.860 (1.075 € / 2.150 € PPA)
B : entre R$ 2.861 et 5.721 (2.150 € / 4.250 € PPA)
A : plus de R$ 5.721

(3) Les données sont différentes selon les sources, mais sont toujours proches de 50%.

(4) Les comparaisons en parité de pouvoir d’achat (PPA) permettent de tenir compte du coût de la vie. Le calcul est réalisé sur la base des indices de PPA du FMI pour 2007 en France et au Brésil. Pour faire simple, X réais dépensés au Brésil correspondent à Y euros dépensés en France en PPA.

(5) Le calcul du seuil de pauvreté est très discuté car il est difficile de fixer la limite et encore plus de faire des comparaisons dans car le coût de la vie est très différent selon les pays.
Au Brésil, la valeur retenue correspond à un revenu inférieur à la moitié du salaire minimum, soit R$ 207,50 (83 € / 121 € PPA).
En France, la valeur retenue est la 50% du salaire médian, soit 680 €.
Ces deux types de mesure reflètent plus l’inégalité que la pauvreté du fait que, par exemple, une augmentation du salaire minimum entraine une augmentation du seuil de pauvreté… Certains organismes fixent la limite à 1$ par jour mais on ne dispose pas de chiffres récents pour le Brésil. De plus, cette mesure ne tient pas compte des différences du coût de la vie entre les pays.

(6) Définition de l’indice de Gini par l’Insee : L'indice (ou coefficient) de Gini est un indicateur synthétique d'inégalités de salaires (de revenus, de niveaux de vie...). […] Entre 0 et 1, l'inégalité est d'autant plus forte que l'indice de Gini est élevé.
Sont calcul est relativement compliqué, il est détaillé ici.

Et vous trouverez sur ce site, l’indice de la plupart des pays en 2007.
 

Vos réactions (11)
Posté par alain argouse, le 04-09-2008 21:39
réalité du brésil!!
Bonjour, 
Je viens de lire cet article que m'a envoyé un ami français au brésil. 
Je pense que celui qui a écrit cet article n'a jamais mis les pieds au brésil ou s'il se base sur des calculs venus de différents organismes qui veulent faire croire qu'on vit mieux au brésil, c'est tout simplement de la foutaise politique. 
Dire que 1900rs correspond à 2500eu en pouvoir d'achat, je voudrais bien savoir quel est l'incompétent qui ose faire ce genre de comparaison. 
Venez vivre ici avec 1900rs ou alors avec 2500eu et vous verez réellement la différence!!
 
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Posté par Laurent GUERINAUD, le 05-09-2008 08:48
Merci !
Bonjour Alain, 
Merci beaucoup pour votre commentaire, je suis heureux de voir que les idées reçues sur les "pays du tiers monde" ont la peau dure en France ! Au moins, cet article suscite des réactions, preuve qu'il était nécessaire. 
Pour vous répondre au sujet des comparaisons en matière de parité de pouvoir d'achat, vous trouverez toutes les données sur le site du FMI (Fond Monétaire International). 
PIB Brésil 2007, prix courant : 1.313,59 millions de dollars 
PIB Brésil 2007 PPA : 1.835,64 dollars PPA 
PIB France 2007, prix courant : 1.867,93 euros 
PIB France 2007 PPA : 2.046,90 dollars PPA 
A partir de ces chiffres, on calcule facilement le taux de conversion prix courant brésil / dollars PPA et le taux de conversion dollar PPA / prix courants euros. En appliquant le taux réais / dollar, on peut donc déterminer un coefficient de conversion du réais en euros PPA, qui correspond à 0,745.
 
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Posté par Laurent GUERINAUD, le 05-09-2008 09:04
suite...
Le nombre de caractères maxis étant atteint, je continue ici. 
 
On a donc 1 réal = 0,745 euros PPA. 
Ce calcul me semble fondamental pour comprendre les réalités des deux pays, car les coûts de la vie y sont totalement différents. 
Savez-vous qu'au Brésil, on peut manger pour moins d'1 euro dans les lanchonetes ? Je n'ai pas d'exemple de prix équivalent en France... Et que dire du coût de l'immobilier, des transports ou des produits de la vie courante ! 
 
L'objectif de cet article et justement de montrer que le Brésil n'est pas le "pays sous développé" que beaucoup imaginent depuis la France, et surtout de mettre en évidence les profonds changements réalisés ces dernières années. Et si votre ami vous l'a fait suivre, c'est bien qu'il estime qu'il reflète ce qu'il vit ici. 
 
Pour finir, sachez que vis au Brésil depuis bientôt 1 an, durée idéale pour garder un souvenir précis de la France d’aujourd’hui et pouvoir en assurer la comparaison avec le Brésil. 
 
Encore merci.
 
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Posté par alain, le 05-09-2008 09:25
réponse à laurent
Cher Laurent, 
Merci de votre réponse. J'ai oublié de vous dire que moi aussi je vis au brésil, que j'y ai vécu de 96 à 2001, et j'y revis depuis janvier de cette année. Sans vouloir continuer la polémique, entre des calculs savant et la réalité de la vie sur le terrain il y a une courbe que vous n'avez surement pas exploité pour vos affirmations. J'espère que votre expérience au brésil continuera à faire penser que l'on vit mieux en real qu'en euro. Si vous avez l'adresse de la lanchonete ou on mange pour moins de 1EU, ça m'intéresse. J'ai bien dit manger, pas grignoter!
 
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Posté par Benoît, le 05-09-2008 11:57
ou est ce bresil?
ou est ce bresil ou vous vivez alain? je ne comprends pas votre reaction qui est typique des français qui parlent du bresil sans connaitre! biensur qu'on trouve des x-burgers bien nourrissant pour moins de 2,50rs! et je ne parle meme pas du nordeste ou ls prix sont encore plus bas. on vit bien mieux ici avec 1900RS que la avec 1500E! quand vous avez payé le loyé de votre 50m2 à Paris, vos transports et la nourriture que reste-t-il des 1500E? ici, avec 2000RS, il vous reste de quoi payer la femme de menage et un resto de temps en temps!
 
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Posté par virginie, le 05-09-2008 13:19
autre avis sur la question
Bonjour, 
 
J'ai vécu 2 ans et demi à Rio et suis rentrée en France en octobre dernier. Vos commentaires sont plutôt pertinents mais sont soit tout noirs, soit tout blancs. Parlant de pouvoir d'achat, je pense aussi que la vie de tous les jours au Brésil est plus facile, la nourriture, la boisson, les expos, les soirées (certaines en tout cas). Mais si on veut vivre vraiment bien, c'est-à-dire avoir internet chez soi (coût de l'abonnement exhorbitant), acheter une voiture, acheter un appartement (le taux des intérêts est hallucinant!!!), Vous regardez aussi parfois les taxes que les banques prélèvent sur vos comptes pour telle ou telle transaction. Quand à l'histoire de la femme de ménage, c'est à mon avis culturel. Nombre de femmes de ménage ont leur propre femme de ménage qu'elles paient encore moins cher qu'elles ne sont payées!!!!!!!! Et ainsi de suite....
 
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Posté par Julie, le 05-09-2008 19:14
Très bien
Je vous félicite pour cet article tres clair et bien documenté. Je suis un peu surprise par les commentaires parce que je rentre régulierement en France et je trouve que le fossé est énorme en ce qui concerne le coût de la vie. Je trouve moi aussi que je vis mieux au Brésil qu'en France et à São Paulo, les gens ne paraissent pas plus pauvres qu'à Paris. En tout cas, la situation a bien changé, c'est vrai, et vos chiffes ne me surprennent pas.
 
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Posté par virginie, le 08-09-2008 06:21
Julie au Brésil
Dis moi Julie, je suis très surprise de ton commentaire. Oserais-je te demander ce que tu fais dans la vie? Pour dire qu'il n'y a pas plus de gens pauvres au Brésil qu'en France, je suis curieuse de savoir où tu vis et si tu voyages un peu au Brésil?
 
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Posté par François, le 12-09-2008 12:59
SUPER, à condition que...
C'est vrai que l'on vit BIEN MIEUX au Brésil qu'en France, à condition... de n'être jamais malade (les hôitaux publics sont reconnus comme être carrément dangereux...!), de ne pas avoir de voiture (elles sont plus chères !!!), à ne pas vivre dans une ville de "l'intérieur", car le taux d'équipement d'une ville de 100 000 habitants y est inférieur à celui d'une ville de 10 000 hab. en France !), à ne pas avoir besoin de produits électroniques (les prix restent 20 à 50% plus élevés), à ne pas être regardant quant à la propreté et la pollution ambiante et enfin à ne pas être gourmand en culture (car c'est tout de même le quasi-désert...!). Je ne parle bien sûr pas du taux d'homicides 4 fois plus élevé, des rapts et de la corruption à TOUS les étages...  
Moyennant quoi, c'est un pays superbe, j'y suis depuis 4 ans et ait une entreprise, créée avec BEAUCOUP de difficultés...
 
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Posté par alainaix, le 12-09-2008 13:58
merci françois
Merci françois pour ton commentaire si réaliste de ce qu'est la vie en "vrai" au Brésil. Pourvu que notre cher illuminé français auteur de l'article le lise avec "sabedoria", pendant son WE au Garuja Golf Club!!. 
Au fait hier je suis sorti avec un euro pour manger, j'ai dû faire un bon gouter à 16h..
 
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Posté par Laurent GUERINAUD, le 15-09-2008 15:13
Si le Brésil était si homogène...
Soyez rassuré, il vous lit. 
 
Tout d'abord, je vous remercie pour les derniers commentaires qui me semblent très pertinents. En effet, la différence de coût de la vie n'est pas la même en fonction des produits. L'électronique et l'automobile sont bien plus chers au Brésil qu'en France. 
 
Pour ce qui est des biens de première nécessité, c'est l'inverse, et de loin, d’autant plus que l’on peut noter d’énormes différences en fonction des quartiers pour un même produit. 
Je pense que les divergences viennent principalement de là : chacun connait très bien son quartier, et plus ou moins bien les autres régions, où les choses peuvent être très différentes. 
 
Alain, pour répondre à votre petite pique, c’est avec plaisir que je vous inviterai à déjeuner pour 2 à 3 réais, du côté de Trémembé (zona norte) par exemple, avant de profiter du parque da Cantareira… Et en retour, je serai ravi de découvrir le Golf Club en votre compagnie, ce sera l’occasion d’écrire un article sur l’endroit.
 
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