| Ecrit par Stéphanie Pichon,
le 25-08-2008 01:00
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Après avoir fait scandale à Avignon, le chorégraphe et danseur français Olivier Dubois apporte ses "Faune(s)" à Berlin, pour la 20e édition de Tanz im August. Rencontre Olivier Dubois, chorégraphe ovni (photo. Patrick Sagnes)
Commencer la danse à 23 ans, travailler avec des chorégraphes sans concession (Jan Fabre, Preljocaj), avoir comme outil un corps replet aux contours mous loin des canons du genre. S'en foutre et briller. Olivier Dubois faisait déjà office d'ovni en tant qu’interprète. Aujourd'hui il crée. Son dernier objet a éclaté à la face du public d'Avignon. Révélation "épidermique" pour les uns, "grand n'importe quoi" pour d'autres. Hué et acclamé. Comme l'œuvre dont il s'inspirait, L’après-midi avec un faune de Vaslav Nijinski. Après sept jours de combat face au public avignonnais, Olivier Dubois a ressorti sa pièce pour deux soirs à Berlin la semaine dernière. Serein. On s'est rencontré un peu avant midi, le jour de la première. Il n'a beau "pas du tout être du matin", le ton se réveille au souvenir d’Avignon. Une matinée avec un faune, sans (s).
Pourquoi un danseur contemporain a t-il à un moment envie de s'attaquer à une page de l'histoire de la danse ? Olivier Dubois : L'idée de départ n'était pas de réinterpréter "L'après-midi d'un faune", ni de me glisser dans cette pièce de répertoire. Avec mon précédent solo Pour tout l'or du monde, j'avais commencé à questionner la place de l'interprète. Je voulais un socle qui raconte déjà un peu ça. L’après-midi d'un faune était la pièce idéale. Elle a été créée en 1912 au théâtre du Châtelet à un moment de l'histoire de la danse où l'interprète était roi. Il décidait de tout. Quant Nijinski fait cette pièce là, il impose son écriture. S’opère alors une vraie bascule dans l’histoire de la danse, le metteur en scène devient le vrai directeur de la pièce. J'ai aussi été attiré par la notion de scandale qui a entouré cette pièce. On a dit que c'était à cause de cette simulation de masturbation. Je ne crois pas. Nijinski c'était l'homme qui sautait plus haut, c'était le virtuose, celui qui enthousiasmait le public. C'était un animal de foire. Et l'animal n'a pas fait son exercice. Le scandale est-il encore possible aujourd'hui, dans la danse contemporaine ? Honnêtement, Faune(s) à Avignon, ça a été le bordel. Il y avait 30% qui étaient debout en train de crier et 30% qui huaient, hurlaient "c'est un scandale", "c'est une honte". Pour qu'on aime autant et qu'on déteste autant c'est quand même que l'œuvre pose question. Je dis pari réussi. Je ne fais pas du "easy-listening", ou du "easy-watching". Je ne créé pas pour plaire. La création c'est la guerre, rien d'autre. Chaque jour j'allais au combat. Je ne l'ai pas fait pour le scandale. J’ai été le premier surpris par les réactions. Le solo est-il une forme que vous privilégiez ? Dans le prochain projet, on sera deux, et celui d'après 18 ! Aujourd'hui, je crois que j'arrive au bout de cette période. C'est très difficile le solo, il faut tout tenir seul et à la fois on a une liberté folle. C'était un temps d'introspection nécessaire. Par contre, à partir du moment où je vais faire travailler d’autres personnes, je ne danserai plus. A un moment où il faut savoir prendre la place de la direction artistique. Mais je continuerai de danser pour les autres, parce que je suis profondément un interprète. Propos recueillis par Stéphanie PICHON. (www.lepetitjournal.com/berlin.html) lundi 25 août 2008 Pour tout l'or du monde, solo d'Olivier Dubois les 29 et 30 août à Podewill. Critiques de spectacles et version longue de l’interview sur le blog berlin sur scènes Tanz im August Le plus gros festival de danse contemporaine d'Allemagne célèbre sa 20e édition jusqu’au 31 août. C'était juste avant la chute du mur, avant que Berlin ne devienne l'une des grandes métropoles de la danse européenne. La première édition de Tanz im August eut lieu en 1989. "Hervé Diasnas présentait La clairière des mots et nous étions une trentaine à le regarder", se souvient l'un des directeurs, André Thiéraut. La notion d’avant-garde prenait tout son sens. Aujourd'hui le festival de danse contemporaine de Berlin s’est imposé comme le plus grand du genre en Allemagne et balaye un peu plus large le spectre de la danse mondiale. Cette 20e édition rassemble un mélange de grands noms, d'Akram Khan chorégraphe londonien prodige, à Olivier Dubois et son Faune(s), de Nasser Martin-Gousset, danseur et chorégraphe de la Cie Sacha Waltz&Guests au Ballet de Lorraine, des pionnières de la danse post-moderne américaine (Trisha Brown, Deborah Hay) au hip hop politique de la compagnie brésilienne Membros. A découvrir entre le théâtre Hebbel-am-Ufer, le Radial System, le Podewill et la Volksbühne.Tous les renseignements sur le site http://www.tanzimaugust.de |
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