Mardi : Santiago (28°) ensoleillé - Putre (18°) nuages et soleil 1 euro = 850 pesos 1$US = 673 Chili - France - 4 heures Les haines de races ne sont jamais au fond, que des haines de places. Edmond Rostand
Que garde-t-on d’une mission de 3 ans passés au poste de Délégué général de l’Alliance française de Paris au Chili ? Olivier Ortiz, en partance pour les cieux ukrainiens nous a confié ses impressions. Nous lui souhaitons bonne chance. C’est peu dire que son humour et sa vivacité vont nous manquer
"Est-ce l’image de l’arrivée, pour la première fois la tête en bas, avec ce que cela signifie de consolidation de mythe (le bout du monde !) et de destruction d’a priori (il n’y a pas plus de ponchos dans les rues que de condors dans le ciel…) ou celle du départ où paradoxalement il semblerait que l’on apprenne le plus de choses incroyables sur le Chili, comme les rues qui changent de sens à Santiago selon l’heure de la journée ? Ou le sens des mots que l’on utilisait benoîtement jusqu’alors, et qui semblent avoir d’autres acceptions ? Que dois-je voir désormais en fermant les yeux ? La blancheur éternelle de la Cordillère des Andes ou les lumières vacillantes des collines de Valparaiso ? Le Nord du pays avec ses déserts et sa culture indienne ou le Sud entouré de ses bois et ses eaux glacées ? "Avant d’être un pays, le chili est un paysage" comme disait l’anti- poète Parra. Dois-je m’en tenir au Chili international qui, en trois ans, aura été la scène de l’élection de sa première Présidente, de la mort du général des années noires, du ¡¿Por que no te callas ?! de Juan Carlos à Chavez, des éruptions volcaniques en série, du tournage du dernier James Bond ou du futur tracé du Paris-Dakkar ?
Madame Royal, Monsieur Chirac Le Chili m’évoquera-t-il davantage des réflexions plus simples quant à la bonhomie des chiens errants, curieux mais dociles ou le saisissement - toujours intact - face aux statues de l’île de Pâques semblant faire la moue à une explication archéologique qui ne leur conviendrait pas tout a fait ? Devrais-je plutôt m’attarder sur les visages de tous les responsables d’Alliances venus me rencontrer a l’ambassade peu de jours après mon arrivée, aimables mais circonspects en se rendant compte que le poste de Délégation reposait sur le plus jeune délégué général du moment ? Ou peindre au contraire mon visage maintenant anobli de quelques rides et cheveux blancs, au fil du temps et des Alliances et qui les rassurent désormais ? "Etre un bon Directeur d’Alliance c’est savoir visser un boulon et recevoir un ministre" dit-on. Que choisir alors entre la couleur des salles de l’Alliance de Valparaiso repeintes aux couleurs des manuels Tout Va Bien à mon arrivée, et celles, politique cette fois, des hommes et des femmes venus visiter le Chili, Valparaiso ou l’Alliance, de Jacques Chirac à Ségolène Royal ? Dois-je plutôt retenir qu’au Chili l’Alliance française renvoyait davantage aux lycées français qu’aux centres culturels et que je reçois jusqu'à ce jour des messages de compliments pour l’agrandissement du gymnase ou les bons résultats des élèves en mathématiques (!), ou faut-il insister sur nos campagnes de publicité et nos formations marketing, propulsant les Alliances françaises comme l’alternative culturelle justement ?
Dix Alliances, toutes en province Retenir aussi que Santiago, la capitale du Chili, et contrairement à ce que l’on dit normalement, EST le Chili et qu’au Chili il n’y a pas d’Alliance dans la capitale ce qui rend les efforts de promotion plus subtils encore ? Pourtant impossible d’oublier les week-end à assurer les permanences ou la préparation des examens, ex-aequo toutefois avec le plaisir de recevoir les remerciements du public après un spectacle organisé par l’Alliance. Dois-je encore frissonner en me souvenant des difficultés particulières et bien réelles de chaque Alliance ou bien sourire en comptant le nombre de déménagements de plusieurs d’entre elles dans des locaux plus grands, plus visibles et mieux adaptés à leur croissance ? Dois-je m’attendrir sur le parcours de mon équipe, désormais rompue et adaptée aux bouleversements de structure et sur l’importance d’une ambiance de travail dont les détails, parfois seulement esthétiques, m’ont mobilisé durant 3 ans ? Ou bien au contraire frissonner des échecs et des tensions qui ont surgi ici ou là, régulièrement, à la manière des secousses sismiques auquel le Chili est pourtant habitué, face aux efforts constants que les Alliances faisaient à ma demande ? Dois-je me féliciter du sentiment de réseau que je vois se dessiner entre les Alliances elles-mêmes ou déplorer les retards que quelques unes montrent encore ? Dois-je retenir de ces années la voix de mon assistante sur le répondeur de l’Alliance, encore hésitante en français ou bien celle de notre Ambassadeur, beaucoup moins ? Difficile de garder à part les moments passés à constituer une équipe éloignée de plusieurs milliers de kilomètres sans parler des emails au moins hebdomadaires "TTU", des voyages et des stages. C’est tout cela que m’inspire le Chili, les 3 ans passés à tenter de professionnaliser un réseau d’Alliances françaises en création. Une impression d’exceptions se superposant les unes aux autres comme autant de poupées gigognes. Tiens, cela m’est familier…" Olivier ORTIZ. (www.lepetitjournal.com - Santiago) lundi 25 août 2008