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Stéphanie Sagot et Emmanuelle Becquemin ont fondé La Cellule il y a 4 ans. Sous ce nom de scène, les deux artistes proposent des expériences en utilisant la nourriture comme matériau. Elles seront à l’Alliance française mercredi pour une conférence sur leur démarche et jeudi pour une performance Le Glory Holes, une cloison d'où sortent des bras qui tendent des offrandes de nourriture (Photo: La Cellule / DR)
Vous présenterez ce jeudi le projet "It's such a candy world", de quoi s'agit-il exactement ? Stéphanie Sagot : Cette installation fonctionne comme une exposition avec plusieurs installations et performances. On aura, à l'étage, un buffet flottant. Nous accrochons des lunch-box au bout de ballons gonflés à l'hélium jonchant le sol. Au fur et à mesure que le public décroche ces lunch-box, l'espace se transforme, on destructure l'impénétrable. Nous proposerons également notre installation "Glory Holes", présentée dans de nombreuses Alliances Françaises à travers le monde. Il s'agit d'une grande cloison perforée par laquelle des bras de femmes tendent des offrandes de nourriture. Nous allions la sensualité de la nourriture à celle des corps. Ainsi des créatures, parés de vêtements à manger, se présenteront au public ; l'une d'entre elles a été spécialement créée pour l'ambassadeur.
C'est de l'art gastronomique ou une performance culinaire ? Stéphanie Sagot : Pas du tout. Notre pratique est plasticienne dans laquelle on met en jeu de la nourriture comme matériau. Elle sert d'appât pour attirer le spectateur. Le public n'est pas devant un sculpture. Nous les piégeons pour faire partie de l'oeuvre, participer et partager. L'appât est de qualité : nous travaillons localement avec le restaurant du Hyatt qui nous a proposé des choses très raffinées. Tout ce qui sera dans notre oeuvre sera sucré : l'idée est d’engendrer une profusion de sucré et de jouer sur le côté presque freaks du rose.
Où voulez-vous en venir avec cette performance ? Quel est le message laissé au public ? Stéphanie Sagot : La première lecture est celle d'un monde sensuel, ludique, pop et sucré. Nous ne sommes pas dans de l'art social mais dans l'expérience. Celle d'un retour passager à l'enfance, dans le monde du bonbon, de la guimauve, de la tendresse. Emmanuelle Becquemin : Si on exposait une fourchette dans un mur, on force le public à envisager et à comprendre le second degré de lecture. Nous voulons d'abord que le public passe un moment magique, qu’il s’émerveille. S'il s'arrête à cette première dimension naïve et ne voit pas le rapport à l'érotisme ou à la consommation, nous ne portons aucun jugement puisque notre premier objectif a été atteint. La prise de conscience par le ludique est une chose très ancienne et on peut citer Charlie Chaplin par exemple. Nous travaillons avec les codes esthétiques de notre génération tirés de la culture pop.
Quelles sont les réactions que vous avez pu observer sur le public dans les pays où vous avez présenté vos installations ? Emmanuelle Becquemin : En général, les hommes sont assez dévergondés même si des différences peuvent s'observer d'un pays à l'autre, d'un milieu à un autre. Les femmes sont globalement plus réservées et plus distantes, notamment avec les créatures. Elles prennent cela pour quelque chose de surprenant et de ludique. Les hommes s'interrogent plus souvent sur la charge sexuelle de l'expérience. En général, les gens mangent avec lenteur. Reste une inconnue qui préoccupe l'Alliance française : la frénésie du public argentin réputé gros mangeur... Propos receuillis par C.B. (www.lepetitjournal.com - Buenos Aires) mercredi 20 août 2008
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